MOLINES-en-QUEYRAS
 
 
 
 
Préface de MARIE MAD
 
Pourquoi et comment j'ai découvert la Colonie du Coin :
 
En septembre 1962, après deux mois passés à Sainte-Marie de Vars à diriger la colonie avec deux amies, nous y avons pris une petite location.
Diriger une colo de Beauvallon c'est passionnant mais astreignant, j'avais envie de visiter le Queyras et en particulier Saint-Véran.
Après une route difficile dans les gorges et la montée depuis Villevieille, on débouche à Molines sur une véritable vallée alpine comme Atie l'avait cherchée au printemps 1962
(c'est vrai qu'Atie avait visionné toutes les vallées du Queyras, sauf celle-là) d'où mon enthousiasme : " c'est là que nous devons chercher une implantation" et que vois-je? un panneau : Pierre Grosse .
Pour la petite histoire je dois vous dire que vingt ans auparavant ma mère tenait une petite pension de famille en Chartreuse où nous recevions différents pensionnaires : touristes, convalescents, persécutés du nazisme etc.…etc.…et certains venaient de la pension Morch à Pierre Grosse et nous décrivaient la beauté de ce pays.
J'étais moi au foyer de l'étudiante à Grenoble dirigé par la belle-sœur de Mr Morch , l'intendante Margot Morch ( qui a beaucoup aidé à cacher des juifs) elle était notre commissaire dans le scoutisme et Pierre Grosse m'était devenu une légende.
Ce jour de septembre 1962 nous avons foncé à Pierre Grosse chez Mr Morch le maire de Molines pour lui exposer notre recherche :
"Il y a"  nous dit-il "cette grande maison à l'angle du hameau du Coin inhabitée depuis 50 ans , qui n'est pas à la vente , mais que j'aimerai voir investir par une communauté pour donner plus de vitalité à la commune. Mais surtout  ajoute-t-il "je ne veux aucune immixtion de promoteur dans ma commune pour lui garder la vie authentique".
Nous repartons avec l'adresse de deux des propriétaires à Paris.
Mamie étant à Paris, je lui téléphone le soir même , elle s'empresse de contacter ces deux femmes, la suite  Michel nous la raconte.
Cette préface est aussi une postface :
Tous les enfants et les adultes conserveront un souvenir inoubliable de ces 44 ans au Coin, le hameau du Coin a retrouvé vie et commodité grâce à l'Association des Amis de Beauvallon , représentée par Michel, la commune de Molines n'a pas été défigurée par des barres béton.

Mamie et Atie ont contribué à construire là aussi selon leur IDÉAL.
Que tous ceux qui ont participé à cette œuvre en soient remerciés.

 
 
Siméon MICHEL                                                                                      Octobre 2006

   HISTORIQUE de la COLONIE de BEAUVALLON
au COIN de MOLINES-en-QUEYRAS


En introduction à ce travail de mémoire, je précise qu'en ma qualité de membre honoraire du conseil d'administration, malgré mes absences aux réunions pour causes personnelles, je suis avec attention les comptes-rendus du C.A. plus particulièrement en ce qui concerne l'évolution de notre colonie qui, depuis son achat par nos fondatrices en 1963, a vécu des hauts et des bas, comme à 1'ECOLE, au PLACEMENT FAMILIAL, au SESSAD que j'ai créé avec l'approbation du C.A. qui a été approuvé par la DDASS avant mon départ à la retraite fin juin 1994.


Dans le projet éducatif il y avait une possibilité, comme pour le PLACEMENT, pour certains de ces enfants, d'un séjour d'observation à la colonie en été et au camp de ski aux vacances de février partagé avec les enfants du personnel dans le cadre du comité d'entreprise qui finançait, avec les parents concernés, leurs séjours.


Malheureusement mon successeur, contre mon avis, à la mise en place du SESSAD, a supprimé ce volet pratiqué par deux autres SESSAD, l'un des Hautes Alpes, l'autre parisien dont un groupe venait une semaine par an dans un gîte voisin, accompagné d'un éducateur et de la psychologue.


J'ai rencontré l'un des enfants du personnel, cet été, à la colonie, qui effectuait un remplacement à la cuisine. Il m'a rappelé que je lui avais appris le ski. Ces séjours se renouvelaient chaque année, si bien que nos enfants du personnel devenus bons skieurs et quelques-uns de nos externes prenaient en charge sous le contrôle de SAMY et moi-même 3 à 4 de nos jeunes ayant après quelques séjours atteint le niveau troisième étoile.

J'avais institué cette pratique moyennant la non-participation financière de la part des parents sur le plan de l'hébergement étant entendu que le comité d'entreprise payait les forfaits des intéressés, et par la suite le salaire de Samy.

A la retraite, j'ai continué bénévolement à participer durant 5 à 6 ans à ces camps et certaines classes de neige pour l'enseignement du ski avec l'accord de mon successeur.

Pour la petite histoire, c'est Marie-Mad, responsable entre autre du sport, qui, à mes débuts à Beauvallon, m'avait envoyé faire le stage d'initiateur-nageur et surveillant de baignade pour la piscine de Beauvallon et celle de Dieulefit, au retour d'un camp de ski au Col du Rousset où nous allions avec le groupe des meilleures sportifs une semaine. Bien sûr, en ma qualité de Suisse, je faisais du ski depuis l'âge de 4 ans, mais je manquais de compétences sur le plan de la formation pédagogique. Marie-Mad m'a inscrit à un nouveau stage initiateur ski.


Plus tard je ferais passer le même diplôme à Henri et Samy. Contrairement à ce qui a été dit au C.A., ce diplôme qui correspondait au premier volet du monitorat d'état était reconnu pour nos enfants, qui peuvent aussi être encadrés par l'école officielle de ski. (normalement accompagnés de l'un de nos éducateurs spécialisés sachant skier). Samy a, par ailleurs, effectué des remplacements à l'école de ski en dehors de nos propres séjours.
Responsable de la Colonie, à l'époque je faisais appel occasionnellement à l'école de ski, selon nos moyens, et suivant le moniteur qui comprenait les difficultés de nos enfants. Actuellement, j'ai rencontré Valérie (fille de l'une de nos anciennes éducatrices) qui s'intéresse réellement à nos enfants dont elle à la charge.

Mon seul regret d'administrateur est que ces classes ou séjours de ski soient trop courts. A l'époque nous tenions compte des deux journées d'adaptation et d'un temps scolaire à mi- temps, très valorisant sur le plan des résultats au deuxième trimestre. Soit des séjours, voyage compris, de 14 à 15 jours. Les plus petits séjournant après les vacances de février, période moins rude sur le plan du climat.
 
Pour ces classes, bien entendu, les enseignants montaient avec leurs classes. Libres les après-midi, ils venaient, soit apprendre à skier avec nous, soit pratiquer le ski de fond ou la raquette.

Pour les enfants, la durée du séjour permettait de libérer une matinée de classe pour le ski de fond.
 
Pour nous garantir des réticences de certains de nos collaborateurs de monter en particulier en hiver pour ces séjours, malgré l'indemnité de déplacement, les nouveaux engagés avaient stipulé dans leur contrat l'accompagnement d'un groupe en classe de neige et éventuellement des remplacements en été les quelques jours qui leur restaient à effectuer avant leurs vacances.
 
Sur ce plan, un inspecteur de la DDASS qui nous avait fait un contrôle à Beauvallon, invité à la Colonie pour nos 25 ans, nous avait accordé plusieurs mois de remplacement (je crois 24) pour une personne d'entretien et les moniteurs ou éducateurs remplaçants. Cela destiné à la colonie les deux mois d'été. Sur ce sujet, pour ne pas y revenir, alors que Simone était encore directrice, elle a rencontré à la DDASS de Valence, un inspecteur que je ne connaissais pas, qui m'avait vu enseigner le ski à des débutants, cela sur les pistes de Pierre-Grosse, qui la félicitait du bon travail pour nos enfants. Ce qu'il ne savait pas
c'est que la moitié de mon cours étaient des enfants du personnel.
 
Je précise que comme nous organisions, pour certains enfants du Placement et quelques externes, pendant les vacances de février, une semaine de camp de ski. Une dizaine de places étaient réservées aux enfants du personnel.
 
Officiellement, je prenais ma semaine de vacances de Noël à cette période et Samy avait son salaire remboursé par le C.E. comme c'était le cas avec les autres locataires de la colonie. Je demandais à l'un des éducateurs du P.F. d'accompagner le camp.
 
Je tenais aussi à ce que nos cadres, excepté pour cause de santé, montent à tour de rôle participer à ces séjours. Claudine la sportive était emballée. Jean-Charles nous faisait chaque fois vibrer le soir en veillée par les chants accompagnés avec sa guitare puis le piano (le plus haut d'Europe) que j'ai acheté avec l'un des dons de nos locataires qui nous ont aidé pour d'autres investissements utiles pour leurs séjours à la colonie (frigo supplémentaire, congélateur, sèche-linge, complément de skis dont nous assurions l'amortissement et l'entretien). Dans les années 85-87 notre plus ancien locataire, le foyer social de MALAKOFF nous avancera 10 ans de location pour construire notre lingerie sous le pontil, sortie arrière de la colonie et nous aider une nouvelle fois à la couverture du toit qui pose de nouveaux problèmes.

Vouloir supprimer nos locataires d'hiver était une erreur. Une part de ces loyers servait à la participation aux mises en conformité. Entre autres : les détecteurs de fumée, sécurisation du gaz (comme pour 1'école, enterrement de la citerne à gaz), jugés tous deux non-conformes en surface par les nouvelles dispositions de sécurité.
 
Pour conclure cette introduction, je dirais qu'il faut avoir la vocation de la montagne pour intégrer à notre projet éducatif et pédagogique ces séjours d'été et d'hiver.

J'ai regretté que mon successeur ait reventilé les postes de la colonie pour compenser les trois emplois en trop à l'école, estimés par la DDASS, que je maintenais pour compenser les absences pour stages de perfectionnement, congés de maternité et de maladie.
 
Bien sur avant d'être directeur général en 1981, j'étais détaché directeur intérimaire pour les transferts de nos élèves 4 mois par an. J'avais également participé sous la direction du Pasteur Jacques CADIER, en 1971 au premier stage d'accompagnateur en moyenne montagne, financé par le Parc Naturel Régional du Queyras, devenu en 1977 diplômé d'état, dont j'ai été certifié, compte tenu de mes randonnées avec nos enfants. Ce diplôme est également considéré comme premier volet de la profession de guide. A ce sujet je pense qu'il ne serait pas inutile de s'attacher un accompagnateur pour nos séjours d'été.

Malheureusement mon successeur, qui m'avait montré beaucoup d'intérêt pour la Colonie, n'a pas finalement eut cette même motivation. La montagne c'est une vocation. On ne peut pas en vouloir à ceux qui n'ont pas la fibre. Je peux pour ma part témoigner que bon nombre de nos élèves ont trouvé au Coin, l'été par les randonnées, l'hiver avec le ski, les armes
nécessaires à leur réadaptation. Certains reviennent avec leurs familles en vacances l'été ou pour le ski en hiver. Quelques-uns se sont fixés au Queyras. A l'origine en 1961, Mamie qui devait chercher un nouveau site pour nos colonies de 1'été 1963 avait en vue le lac artificiel de Serre-Ponçon qui venait d'être mis en eau. Elle y voyait un intérêt pour la natation et le changement d'air en haute montagne. Avec Atie, elles sont parties visiter la région. Ce lac, propriété d'E.D.F., était interdit de baignade. Elles ont continué plus avant et nous ont
trouvé à Vars une pension famille qui pouvait nous accueillir et nous assurer le
couvert.
 
En 1962, Marie-Mad a dirigé la colonie en juillet. Rolande en Août. Pour ma part j'ai travaillé en juillet avant mes congés. Mamie qui avait rencontré le Maire de la commune, m'avais demandé de visiter une vieille ferme en dehors du village qui était en vente. Compte tenu de l'état du bâtiment et de son éloignement de tous hameaux j'ai déconseillé cet emplacement.

 
Marie-Mad, pour sa part, le jour de son congé, s'est rendue dans le Queyras voir un ami de son ancien mouvement d'éclaireuses, Maire d'une petite Commune et aussi pour repérer des nouveaux lieux de camps volants pour nos plus grands. Elle a emprunté la route défoncée de la vallée du Queyras suite aux inondations de 1957. En sa qualité de Maire, il était intéressé par notre projet : d'une part par nos origines protestantes, communauté encore minoritaire dans sa commune. Malgré une bonne entente avec les catholiques,
nous n'avions pas retrouvé toute notre place depuis les guerres de religions. D'autre part, il favorisait l'implantation de collectivités sources de travail et revenus sur le plan du petit artisanat et vente des produits de la ferme, complément intéressant pour les agriculteurs du pays.
 
Justement proche d'un hameau de son village de Pierre-Grosse, au Coin, il lui montre de loin une grosse ferme, inhabitée depuis 27 ans, la plus belle du pays dit-il, qui est à la vente. Mais attention les propriétaires qui sont encore en indivision familiale habitent les uns à Paris, les autres dans le sud de la France.

En septembre, Marie-Mad accompagne au Coin Mamie et Atie qui sont emballées par le site et trouvent toutes les qualités à cette maison pour nous accueillir en été. Il n'y a ni électricité ni eau et forcément pas de téléphone, peu importe, voyons le Maire pour ces questions.

Sur le plan financier, nos fondatrices viennent enfin de toucher la deuxième subvention pour la construction des "chênes", bloquée par un fonctionnaire scrupuleux parce que Beauvallon est encore propriété privée, l'Association n'étant que locataire. Pour la première pas de problème, c'était une avance de la sécurité sociale remboursable en 20 ans sur le prix de journée. Donc nos fondatrices avaient effectué un emprunt en attente de cette éventuelle subvention. Il n'était pas stipulé l'obligation d'un remboursement attaché à cette subvention. D'où, de la trésorerie fraîche pour l'achat de la colonie et les premiers travaux à faire. Le prix est dérisoire venant de l'extérieur : dix neuf milles francs nouveaux, charges notariales comprises,
 
Ce n'est pas l'avis des habitants du Queyras qui vont, depuis cette année jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie, fixer la vente de leurs ruines sur notre prix. Après, surtout à Saint-Véran, commune voisine de Molines et classée plus haute d'Europe, avec le retour des Français d'Algérie, les prix des vieux chalets vont exploser.

Premier contacts avec le Maire. Oui la maison est encore à la vente. Vous aurez du mal concernant la succession. Pas de problème, nous avons un bon notaire. Mamie est selon son habitude toujours optimiste.
 
Pour le téléphone, c'est le dernier hameau de la commune qui n'a pas de cabine téléphonique. Il faut poser une ligne de 800 mètres du pied de la route, nous le ferons si vous participez à 50%. Pas de problème pour Mamie. Pour l'eau la bouche de branchement est de l'autre côté de la route, mais attention le haut du réservoir du village a été arraché lors des inondations de 1957. Les trois familles qui habitent au Coin se sont branchées directement au ruisseau. Le nouveau réservoir sera subventionné en 1964. Pour 63 je ne pourrais pas vous autoriser à vous installer sauf si vous faites un branchement provisoire d'un an depuis la source au-dessus du Coin. Mamie, toujours optimiste, dit que ça ne sera
pas un problème. Il y en aura d'autres, nous le verrons plus tard ! … Pour l'électricité, la ligne ne correspond plus voyez avec l'E.D.F.

Plusieurs visites des uns et des autres Beauvallonnais à l'automne avant la neige, reprises fin mars. Mamie ne perd pas de temps avec notre notaire qui se déplace à Paris et dans le sud. Il règle la succession et l'acte de vente est réalisé début 1963. Maintenant il reste à réaliser quelques travaux minimums pour occuper notre nouvelle colonie dés l'été 1963. Le chalet est ainsi visité par plusieurs de mes collègues. N'étant pas encore monté au Coin, je demande à Atie de l'accompagner avec son fils Jacou un dimanche de congé. Elle avait donné rendez-vous, avec notre entrepreneur, Monsieur Veyrier qui montait de son côté, à notre métayer en vue de réaliser les premiers travaux : une dalle dans la grande salle, l'élargissement de la fenêtre de cette salle et prévoir les travaux futurs pour la suite. Voir aussi les travaux à réaliser avec les autres corps de métiers.

Ces derniers se sont perdus ou sont mal renseignés par les habitants. Dans l'attente, Jacou va faire le plein d'essence et essayer de les trouver. Atie entreprend de vider les vieilles armoires des habits dont elle donne une bonne partie aux voisins venus en curieux. De mon côté, je démonte le vieux plancher de la grande salle pourri par le purin des bêtes. Ainsi que les vieux lits. Car les propriétaires vivaient avec les animaux : au fond les vaches avec une place pour le mulet. La mangeoire à foin est encore en place. Dans un coin un endroit pour les veaux. Les lits dans l'angle est. La grande table au centre sous la fenêtre. Le fourneau du Queyras à trois pieds avec sa cheminée qui sort à l'extérieur au sud. La salle comprend trois belles voûtes, crépies plus finement du côté habitation.
 
Le chef du village, conseiller municipal, qui garde notre clef d'entrée nous explique que toutes les maisons fermières sont bâties selon cette architecture. La nôtre n'a pas de fuste, mais un habillage en grosses planches de mélèze qui domine la grange qu'on atteint par le pontil à l'arrière. Un espace d'environ 2 cm entre chaque planche pour l'aération. Un escalier-échelle en bois permet également d'atteindre le grenier du premier étage. Cette maison avec une seule entrée assez large pour le passage des habitants et des animaux pour des économies de chaleur. A l'ouest trois belles chambres avec frises en plâtre. Une ouverture de la chambre arrière donne sur une cave voûtée sur tout l'arrière de la grande salle.

Même disposition au premier avec son "chambron" au sud au bout du couloir. A l'est au-dessus de la grande salle voûtée, la grande salle encore légèrement arrondie avec deux meurtrières pour aérer le foin qui est entreposé depuis le grenier, d'une grandeur et surtout hauteur impressionnantes, notre toit étant le plus pointu de la commune. Couvert de bardeaux de bois, Monsieur Berge nous explique que l'hiver même avec soixante centimètres de neige, le bois retient la neige, alors qu'avec les tôles il faut mettre des barres à neige. Ces toitures en tôles, rouillées par l'âge, ont été subventionnées par le ministère de l'agriculture pour se préserver des incendies fréquents dans les villages de montagne dont les habitations sont trop serrées. (Aujourd'hui de nouvelles subventions sont accordées pour masquer ces tôles, y compris les nouvelles de couleurs plus esthétiques et oxydables.)

Enfin nos deux perdus sont retrouvés et la visite technique peut commencer. Monsieur Veyrier nous trouve trop loin de Dieulefit. Il ne peut pas s'engager à faire l'élargissement de la fenêtre sans mettre en danger la voûte. Il propose un compromis pour ce premier été. Il détachera deux ouvriers sérieux de son entreprise avec une bétonneuse pour faire le fond de plancher de la grande salle destinée à la salle à manger commune et de loisirs en soirée et en cas de pluie. Pour la suite il nous conseille vivement de prendre contact avec un maçon local pour les futurs travaux. Nous devons aussi faire appel à un électricien local.
Atie a déjà contacté un plombier.

Monsieur Veyrier parti, nous faisons, avec Atie et Jacou, la liste des matériaux et mobiliers que nous devrons monter. Nous sommes début avril, le temps presse. Nous prévoyons la grange pour le dortoir qui peut être aménagé pour cette année avec vingt lits de camp. Les trois chambres en parfait état, 2 pour les grandes filles. La responsable directrice, le "chambron" déclaré aussi chambre d'isolement. Une chambre pour les éducatrices. De fait avec ma femme nous occuperons avec nos trois plus jeunes enfants la chambre du nord avec une de nos grandes pensionnaires pour le mois de juillet. De cette chambre une porte
basse ouvre sur une pièce étroite derrière la grange avec des étagères où nous trouverons des dentellières et des trésors d'objets fabriqués par les anciens habitants. Marie-Mad, ce premier été, nettoiera avec soin ces objets pendant cette première colonie. Au fond de la pièce, une petite fenêtre donne au nord à ras du sol sur la petite chapelle du village. Notre chambre a pour accès une porte qui donne dans la chambre du milieu où seront installées les plus grandes filles. Même disposition entre la cuisine et la chambre au nord.

J'ajoute que l'on atteint ce premier étage d'habitation depuis l'entrée par un escalier de bois de mélèze assez raide.

Nous installerons deux éducatrices dans la première chambre à l'entrée, la cuisinière dans la chambre du fond à côté de la chambre du milieu réservée à la cuisine où nous installerons nos gros réchauds à gaz.

Un éducateur logera avec les enfants du dortoir, un autre avec quelques grands au grenier. Nous prévoyons une barrière entre deux coffres à grains pour nous préserver du vide.

Sur le plan du logement de quarante enfants prévus en été et l'encadrement, modeste en 1963, pas trop de problèmes. Deux monitrices logerons dans la salle à manger. Mais nous devons concrétiser ces dispositions avec Marie-Mad qui accepte de diriger la colonie ce premier été avec l'aide de Rolande jusqu'à la fin de la dernière semaine d'Août où je viendrai les remplacer après mes trois semaines de vacances.

Reste les aménagements sanitaires et les branchements d'eau courante, électricité et téléphone. Nous devons rester en liaison avec Atie qui assure la permanence à l'école et au placement familial.

Pour le branchement de la source je dis à Atie qu'un simple tuyau d'arrosage ne résistera pas à la pression. Nous allons, avant de repartir après avoir fermé le chalet et rendu la clef, manger chez l'hôtelier de Pierre-Grosse qui nous donnera de bons conseils pour nos ravitaillements en nourriture.

Venu pour trois mois en stage à l'école en 1957 et engagé en septembre 1959 avec un contrat de travail, un permis de travail avec l'équivalence française de mon diplôme d'éducateur spécialisé des écoles des études sociales de Genève, je me sens proche d'Atie par notre pays. Nous sommes d'origine du canton de Vaud et aimons de notre pays la montagne et le lac. Nous allons cette première année préparatoire travailler activement
ensemble. Par la suite, pendant encore quelques années, Atie m'accompagnera une à deux fois par an pour décider des travaux supplémentaires à faire, dont certains étaient indispensables pour la sécurité de nos séjours.

A notre retour, Atie va rendre compte à Mamie et Simone de notre visite avec notre entrepreneur. Elle parle de mon intérêt pour le chalet et des travaux que j'estime urgent d'entreprendre si nous voulons ouvrir la colonie dès cet été. Je suis donc invité par Mamie avec Atie qui me propose d'accompagner les deux ouvriers mis à disposition par Monsieur Veyrier dans une quinzaine de jours à m'arranger avec l'hôtelier de Pierre-Grosse pour les repas. Ils dormiront à la colonie sur deux anciens lits de la maison. Je monterai de la literie chaude car à deux milles mètres les nuits sont encore froides. Il n'y a aucun moyen de
chauffage excepté le petit fourneau de la grande salle qu'il faudra démonter au cours des travaux.

Mamie me propose de monter chaque semaine pour voir avec les entrepreneurs sur place les travaux à faire, suivre l'exécution. Bien sur Atie montera avec moi pour les grandes décisions ; Je serais libéré le mardi de chaque semaine, l'un des éducateurs se chargeant du lever et du coucher de la petite maison des grands dont j'ai la charge. Mamie reprenant le suivi de nos quelques externes en lycées d'internat, centres d'apprentissage ou formation chez des
artisans. Compte tenu de ma formation technique avant mes études d'éducateur, j'étais tout désigné pour assurer ce travail, comme par la suite, Mamie fera valoir mes diplômes dans ce domaine lors du passage de notre agrément de 14 à 16 ans, pour les garçons.

J'accepte, c'est ainsi du 15 avril au 15 juin 1963, chaque semaine je pars à 4 heures du matin pour revenir vers 20- 22 heures. Deux fois, accompagné par Atie qui courageusement entreprend ce voyage difficile. Mais il est des décisions financières importantes que je ne peux pas prendre. Nous le verrons au fur et à mesure des années.

J'utilise ma voiture familiale, (une aronde d'occasion avec galerie), bien utile pour certains transports. Les Km me sont remboursés.

Premier mardi, il faut que je rencontre le plombier et prenne contact avec l'électricien. Le deuxième mardi, j'accompagne les deux ouvriers-maçons que nous connaissons bien, qui ont travaillé à Beauvallon par le passé avec l'entreprise Veyrier. Heureusement que j'ai monté assez de couvertures car la chaleur n'est pas encore là. Dans un premier temps ils vont avec leurs brouettes évacuer de la salle 40 cm de vieux terreau dans la fumière vide de l'autre côté du chemin communal qui nous appartient. Je suis chargé de trouver 12m3 de gravier et sable chez le transporteur qui nous a été signalé à Pierre-Grosse. Ils ont amené de Dieulefit le ciment avec leurs outils. Connaissant le chemin, Monsieur Veyrier leur avait confié une solide camionnette.

Les Ouvriers installés, de mon côté, avant midi, j'ai pu trouver le plombier et l'électricien, l'un à Saint-Véran (plus haute commune d'Europe), l'autre à Ville-Vieille sur un chantier en cours. Le plombier me rejoint en début d'après- midi pour définir les travaux minimums à réaliser pour cette première année. Avant le repas à l'hôtel, je fais connaissance avec les habitants du village. Nos premiers voisins restent enfermés. Je suis bien accueilli par notre
autre voisine à l'arrière de la colonie avec ses deux jeunes filles. Son mari est plus réservé. Le grand-père me tourne le dos et bougonne.

Au haut du village, je rencontre la famille du conseiller municipal qui travaille avec son fils célibataire (élevages bovin et ovin, un peu de blé, pommes de terre et carottes, poules et lapins, un cochon.) Une fille aînée, mariée avec un douanier du pays, vit à Gap. La fille cadette placée à Marseille.
 
Madame Berge plus timide. De fait la sœur aînée de Monsieur Berge tient la comptabilité de la famille. Jeune, elle a travaillé en ville dans une famille de commerçants à Lyon. Nous sympathisons. Monsieur Berge nous explique qu'avant notre arrivée, eux-mêmes utilisait le bas de notre chalet et la famille Martin-Mista la grange, très importante pour eux. Ils sont beaux-frères.

Madame Berge est la fille du grand-père qui, déjà à quinze ans, orphelin de père, était le chef d'exploitation. Peu après le départ des anciens propriétaires (Famille RAFOUR) la maison a été réquisitionnée pour loger quelques familles de Fontgillarde avec leurs bêtes, suite aux incendies qui ont détruit successivement en quelques années une moitié puis l'autre du village. D'où le reste de crasse
dans nos armoires utilisées en partie pour la petite basse-cour.

Le grand-père accepte mal de nous voir le chasser de ce qu'il considère comme son bien moral. Lors d'une de mes visites, j'irai le trouver pour lui proposer une grosse planche qui me gênait. Sans le savoir j'en ai fait un ami. Plus tard assistant à sa mort je lui fermerais les yeux avec Monsieur Berge. Trois ou quatre ans après notre installation, à ma grande stupeur, il reçoit la croix de la guerre de 14-18 pour sa bravoure lors de cette guerre ! … Mon étonnement ne s'arrêtera pas là !…

Il est vrai que les habitants de ce petit hameau sont soulagés de nous voir arriver avec nos moyens financiers et de bras, car nous allons participer, un peu avec nos enfants, et avec notre encadrement pour les corvées de déneigement l'hiver et d'entretien de notre chemin d'accès qui n'est pas encore goudronné de Pierre-Grosse au haut du Coin soit un Km. Une mauvaise route trop étroite pour un autocar, juste accessible avec des camions.
Monsieur Berge me montre encore, de sa ferme, le départ de la source du village. Environ huit cents mètres de conduites arrachées par les dernières inondations qui ont creusé profondément le ruisseau du Coin. J'évalue le dénivelé à 400 mètres.

Le plombier est là. Il s'engage à nous installer l'évier pour la cuisine, un lave-mains au fond du couloir, un chauffe-eau au gaz, une douche provisoire sous l'escalier, le tout relié par l'eau froide et pour l'eau chaude l'installation d'un chauffe-eau au gaz alimenté par deux bouteilles (grand modèle) installées à l'extérieur pour des questions de sécurités. Un seul W.C. également au rez-de-chaussée. Pour les vidanges, un seul tuyau en ciment à la fosse sceptique qui traite eaux usées et organiques. Nous devons la commander au dépôt de matériaux de Guillestre à trente Km sur notre passage. Pour 40 personnes quand la colonie sera terminée, il faut compter deux cuves en anneaux de béton, à enterrer sur une de nos parcelles de l'autre côté de la route. Un trou de 1,60 m. de large, longueur 4 m. Profondeur 3,50 m.

Le mardi suivant à 4 heures du matin Atie est prête avec un bon café pour me réveiller. De Nyons à Serre dans les Hautes Alpes, la route des gorges n'est pas facile. Nous nous arrêtons à Gap pour le petit déjeuner (déjà à cette époque deux heures et demie de route). A l'ouverture d'une grande quincaillerie Atie commande une machine à laver, grande famille, et je prends quelques outils nécessaires aux travaux que je pense réaliser lors de mes passages. Encore deux heures et demie pour arriver au Coin, au passage nous nous arrêtons à l'entreprise de matériaux de Guillestre pour commander la fosse sceptique. A
nous de voir avec le transporteur de Pierre-Grosse.

Autre rendez-vous prévu avec l'électricien d'Aiguilles, il n'a pas de voiture. Malheureusement peu après le croisement de Ville-Vieille nous sommes bloqués par un éboulement qui barre la route. Nous sommes prêts à faire demi-tour, quand un employé de l'équipement nous dit que notre électricien attend de l'autre côté, prêt à nous rejoindre à pied si nous sommes là. Très
aimablement il nous cherche notre artisan qui a pris le risque de franchir, cet
obstacle.

Avec l'électricien qui semble un bon technicien, le seul de la vallée du Queyras, nous faisons rapidement le tour des chambres. Une lampe centrale avec sous l'interrupteur une prise de courant. Deux à la cuisine et au bureau. Deux également à la grande salle avec 4 lampes centrales. Deux prises et un interrupteur au dortoir du premier. Une lampe provisoire avec prise au grenier. Nous ajoutons deux lampes dans les couloirs avec prises et une lampe à l'extérieur. L'électricien s'engage à commencer les travaux en fin de semaine. Le plombier en début de semaine suivante.

Nous redescendons à Dieulefit vers 21 heures. Dés le lendemain après son rapport à Mamie et Simone, Atie prend son téléphone pour appeler Manuel MUNOZ-PONS, ancien éducateur que j'ai remplacé pour lui demander conseil concernant les 800 m. de tuyaux. Justement Manuel a d'anciens tuyaux de marteaux-piqueurs dans un hangar, environ 900 m. dans son usine de Lyon. Si on peut les chercher, il nous les donne. Plus tard Manuel qui deviendra notre Président, me donnera aussi pour Beauvallon et le Coin du revêtement de sol en plastique dur.

Cette histoire de l'installation de l'eau, au printemps 1963, que je vaisici résumer, je l'ai écrite dans le N° 70 de l'été 1996 du courrier du Queyras que nous recevons à Beauvallon, sous le titre : "Histoire d'eau". Atie contacte notre transporteur car qui a également un grand camion de transport, qui charge à Lyon 45 rouleaux de tuyaux renforcés, puis au passage, complète à Beauvallon son transport du mobilier et matériel nécessaire à notre colonie.
Début mai j'ai rendez-vous avec le transporteur au Coin pour réceptionner le camion. Nous déchargeons le mobilier dans les chambres de devant pour pas gêner les ouvriers qui depuis une semaine coulent le béton dans la grande salle. Les tuyaux sont entreposés dehors pour êtres acheminés trois par trois avec le cheval et le mulet de nos voisins agriculteurs jusqu'à la source.

J'ai fait fabriquer par un artisan de Dieulefit des embouts de 15 cm pour relier les tuyaux. Nous relierons la source, avec notre conduite à même le sol, au réservoir, avec les trois hommes du village. Le débit calculé est de dix à douze litres/seconde. Nous sommes bons pour cette année d'attente. De fait, la nouvelle conduite et le réservoir promis de 100 000 litres seront réalisés cinq ans plus tard. Une seule coupure durant cette période. L'eau est analysée potable, mais après que nous soyons enfin branchés, je constate un goût de caoutchouc que nos voisins se sont gardés de nous dire de peur de notre réaction. De fait, en quelques semaines avec l'aide du tartre, ce goût disparaîtra.

Lors de ma visite suivante, les ouvriers maçons de Monsieur Veyrier, me signalent un vol de quelques matelas que nous avons montés, les gendarmes sont présents et sont chez notre proche voisin. Nous apprenons que la commune a quelques fois eu quelques affaires avec eux lors des foires. De fait, les gendarmes ressortent avec le voisin et trois de nos vieux matelas destinés à nos lits de camps. Le voisin était passé par la fenêtre de la grande salle restée
ouverte pour sécher le béton, la trace de son soulier dans le ciment encore frais
était une preuve que ne pouvait pas nier ce pauvre homme. C'était les premiers matelas que ces gens voyaient, c'était trop tentant. Je ne voulais pas porter plainte, ce n'était pas l'avis des gendarmes qui avaient fait leur travail.

Après avoir signé le procès verbal et le départ des gendarmes, je suis allé voir nos coupables pour leur dire que nous n'étions certainement pas des gens qui pouvions leur en vouloir et que nous devions vivre en bons voisins. Ils se sont beaucoup excusés. Par la suite la machine judiciaire s'est mise en route et nous avons retiré la plainte compte tenu des difficultés de cette famille si démunie.

Je reviens à nos travaux. L'électricien avance rapidement. Il fait vraiment du bon travail. Ce n'est pas le cas pour le plombier que j'ai dû chercher plusieurs fois. Enfin fin mai il se met à notre chantier et ne le quittera plus jusqu'à l'arrivée de la colonie.

Mon autre problème est de creuser le trou pour la fosse sceptique, un seul entrepreneur qui restaure la route du Queyras possède une pelle-mécanique. Chaque semaine il me promet de venir dans 15 jours. La fosse est commandée et les camions retenus.

Le temps presse, j'en parle à Dieulefit. Alice, chef du personnel d'entretien propose à Atie l'aide de son mari et deux de ses amis pour faire le trou à la main. Nous voilà embarqué un dimanche, à quatre nous creusons le trou, sans arriver à la bonne profondeur. Trois maçons indépendants de la Drôme viendrons finir le travail, descendre et sceller les cuves. Ils feront également la restauration des murs entre les voûtes de la grande salle. Venus pour trois jours ils creusent encore la tranchée pour le tuyau d'évacuation et me montrent
comment faire le ciment pour les joints des buses que je dois encore poser.

Nous arrivons au quinze juin, je monte pour cette dernière quinzaine avec mon fils aîné et trois grands de l'école pour finir les travaux de nettoyage et de première peinture. Nous leurs donnerons une petite indemnité. Nous montons du ravitaillement pour une quinzaine. Le pain, le lait et les œufs seront pris sur place. Les garçons sont motivés.

Je ne suis pas très bon cuisinier, mais nous prépare de bons petits déjeuners avant de les levers. Les jeunes occupent les deux premières chambres du premier et moi le chambron. Le midi et le soir nous nous faisons au mieux. Pour la toilette nous utilisons la fontaine toute proche.

L'un des garçons qui préfère travailler seul, se montre bon pour la peinture. Avec les trois autres nous nettoyons et montons les lits de camp que nous utiliserons trois ans, remplacés progressivement par des lits en fer. Avec un autre jeune je démonte la mangeoire que nous plaçons devant la maison. C'est une belle pièce de mélèze. Le râtelier à foin va nous servir de barrière au grenier, fixé entre les deux anciens coffres à grain. Avec Atie nous avons rencontré les deux menuisiers de Fontgillarde qui vont compléter nos tables et tabourets de la salle à manger. Nous faire et poser les fenêtres de la future baie vitrée de la salle à manger, des deux fenêtres que nous ferons cet automne à la
place des meurtrières ainsi que la pose d'un nouveau plancher au-dessus du dortoir.

Notre plombier devenu un ami, travaillera plus de 40 ans avec nous ; il me propose trois jeunes maçons de Saint-Véran. Ils acceptent pour cet automne de faire l'ouverture des fenêtres. Nous les garderons aussi plus de trente ans. Nous sommes leur premier grand chantier.

Le plombier m'informe qu'il faut creuser une tranchée sur quatre mètres à un mètre quarante de profondeur pour le branchement du tuyau d'eau à notre vanne qui se trouve de l'autre côté de la rue du village. Les maçons de la Drôme ont déjà percé le mur pour la vidange, un mètre d'épaisseur à la base, heureusement dans des pierres pas très bien cimentées. Nous nous relayons avec les garçons pour faire ce trou en trois jours. Je pose une planche dessus pour ne pas gêner le passage.
 

 
 
Chapitre 1. Premier séjour.
 
Enfin, le jour de l'arrivée des enfants, l'eau arrive à l'évier de la cuisine et le plombier s'active pour brancher la douche, le lavabo et le W.C. Les deux premiers jours nous devrons encore utiliser les W.C. de campagne que nous avons installés à 50 mètres. Ma femme arrive avec Marie-Mad et mes deux plus jeunes enfants quelques heures avant le car de Guillestre qui a pris les enfants au train à la gare de Montdauphin, mon deuxième garçon a fait le voyage avec les enfants de l'école. Ce voyage est éprouvant : car jusqu'à Crest, train avec un changement à Veynes puis car depuis Montdauphin. Avec les bagages en accompagné dont nos accompagnateurs doivent aider les employés de la S.N.C.F. à charger et décharger.

Pour l'arrivée nous avons bricolé un repas pour tous et chacun trouve ensuite avec plaisir son lit pour la sieste.

Comme pour les deux derniers étés ma femme Idelette qui ne travaille pas à l'école, assure avec moi la colonie de juillet. Atie l'apprécie pour sa compétence auprès des jeunes enfants. Elle est nurse-puéricultrice de métier, diplômée de Genève. De plus, elle est fille de Missionnaire, Atie de Pasteur. Ce sont des liens qui comptent encore. Elle assurera ce premier mois l'infirmerie et la charge des filles. Marie-Mad, notre directrice, doit me laisser détaché aux travaux d'installation. Je fixe encore au ciment les tuyaux de vidange, creuse la dernière tranchée pour le trop plein de la fosse jusqu'au pierreries au bas de notre terrain. Heureusement que le fiancé de notre cuisinière ( Ricardo ? Rosita ? ) en visite me donne un sérieux coup de main sur ses deux jours de congé.

Je dois dire encore que pour l'électricité, l'E.D.F. a dû tirer une ligne du bas de Pierre-Grosse. Pour le téléphone, de même. Comme c'est pour  une cabine publique nous devons l'installer chez notre conseiller municipal. Pour la liaison avec Dieulefit, il faut cinq heures d'attente, donc ce n'est pas si important, Mademoiselle Berge vient nous chercher quand Atie nous appelle.

Je ne connaissais pas le ciment, sans gants de protection je me brûle les mains. Le matin j'ai du mal à déplier mes doigts. Enfin nous arrivons au bout de ce premier mois de beau temps. Les enfants sont ravis et moi content de partir en vacances trois semaines au bord de la mer.

J'ai quand même une préférence pour la montagne. Je rejoins la colonie qui cette dernière semaine d'août est sous les pluies d'orages. Nous constatons que le toit est une véritable passoire. De plus je dois déboucher le seul W.C. insuffisant pour 45 habitants. Nous avons heureusement un bon tourne-disque, c'est la fête. Un jour de beau temps les enfants me montrent le coin de forêt à l'ubac où ils vont souvent jouer avec la rivière en contre bas pour faire des barrages dans lesquels ils font voguer les petits bateaux fabriqués avec des opinels dans des écorces de mélèzes. Ils ont baptisé cet endroit "le Paradis".

Avec les randonnées, le grand jeu du dimanche, ces simples jeux font le bonheur des enfants. L'air est sec et sain. La seule précaution à prendre à cette altitude que nous demande notre docteur homéopathe, ( Docteur Béron ) qui nous visite deux fois par mois, est de porter des bobs pour se protéger à cette altitude des rayons du soleil qui laissent plus facilement passer les ultra-violets.

Je termine ici ce premier chapitre. Nous verrons par la suite la vision formidable de Mamie pour ce coup de folie et la ténacité d'Atie dont la volonté nous a toujours accompagné pour cette colonie jusqu'à son départ.

Nous parlerons de notre première classe de neige, de notre agrément et de certaines de nos aventures dans cette si belle région de France.
 
 
 
                                                                                                                        Décembre 2006

Chapitre 2. Première Classe de neige.

Au préalable je dois dire qu'avant de redescendre avec la colonie, j'ai pris mes dispositions avec nos maçons de Saint-Véran. : pour la grande fenêtre de la salle à manger et de loisirs, l'ouverture des deux fenêtres du dortoir qui remplaceront les deux meurtrières, le scellement des solives posées par nos menuisiers de Fontgillarde qui vont nous poser un plancher au-dessus de la grange qui nous fera un deuxième dortoir pour les moyens. Les grands au petit dortoir à côté. Les filles occuperont notre premier dortoir au premier étage, avec les petits sur les deux petites chambres de l'autre côté du couloir.

Avec les maçons nous décidons aussi d'égaliser le plancher au-dessus de la voûte avec une finition fine en ciment. Après plus de quarante ans cette dalle est toujours en l'état ainsi que nos planchers en bois bouvetés neufs, agréés par les services incendie, ainsi que nos planchers en mélèze d'origine.

Alors Mamie connaissant déjà par Atie l'évolution de nos travaux, me demande de l'accompagner avec Atie et Simone, courant septembre 1963 pour faire le point sur nos aménagements. Mais surtout pour son nouveau projet : créons nos classes de neige. Elle a lu dans notre revue Suisse que les écoliers des plaines participent ainsi à des séjours à la neige. L'Education Nationale semble s'intéresser aussi à ces classes de neige. Pourquoi pas nous ? Mais Mamie nous ne pouvons pas monter l'hiver dans notre chalet pour des questions de chauffage. Déjà l'été à deux mille mètres la nuit sans nos compléments en couvertures, notre séjour était compromis, et à Molines on se chauffe presque essentiellement avec des fourneaux à bois de mélèze. Pas sûr me dit Mamie. Atie va téléphoner à l'hôtelier de Pierre-Grosse pour notre repas de midi et demander comment il chauffe son hôtel. Quand vous y étiez, Atie a remarqué les radiateurs. Je n'avais rien vu.

Atie était notre spécialiste du téléphone à manivelle. L'attente de cinq heures pour la communication ne l'effrayait pas. Pour moi qui était né avec l'automatique, après 4 ans à Dieulefit, j'étais toujours perplexe pour ce retard technologique. Enfin Atie a eu notre hôtelier qui nous réservera notre table. De plus, elle a obtenu deux renseignements essentiels :
 1. l'hôtel est bien équipé d'un chauffage au mazout. Le seul de la commune.
 2. l'installateur est un entrepreneur de Valence qui contacté, est prêt à nous installer une première tranche de radiateurs avant décembre. Dés que nous serons revenus de Molines, rendez-vous sera pris avec moi lors de ma prochaine montée.
 
Ici, je souligne encore la détermination particulière de Mamie et Atie. Il faut dire aussi que malgré notre esprit " laïc " notre appartenance à la communauté protestante a facilité à l'époque notre installation. Le maire l'était ainsi que notre hôtelier. A cette époque cela comptait. Je dois dire ici que je venais d'un des cantons suisses à 90 % protestant. La séparation de l'Eglise et de l'Etat était très nouveau pour moi. A Beauvallon, 90 % de nos élèves étaient catholiques et les parents décidaient si leurs enfants devaient participer à la messe.
 
Suivant les années nous avions 20 à 30 enfants à descendre à Dieulefit pour la messe de 10 heures. Quand c'était mon tour, je plaçais les enfants à leur banc et me retirais de l'Eglise pour attendre au café la sortie de la messe. Bien entendu nos enfants n'étaient pas toujours bien tranquilles. Plainte du curé m'a valu une verte remontrance de Mamie m'expliquant que dans mon service, je devais accompagner les enfants, messe comprise, et que nous étions en notre qualité de protestant tenu à respecter la religion des autres. Tout cela est bien dépassé de nos jours. Au Coin, le lendemain de notre arrivée, fête de la Sainte Elisabeth, Mireille a demandé à Monsieur le Curé de participer à la messe dans cette petite chapelle du village face à l'arrière de notre chalet avec quelques un de nos enfants. L'habitude a été prise.
 
Quelques années plus tard avec nos grands garçons en corvée, nous avons creusé une tranchée pour qu'une entreprise de maçonnerie consolide en béton armé le socle de la chapelle dont la voûte se fendait dangereusement. Ce sont deux de nos ouvriers d'entretien de Beauvallon en travaux dix jours à la colonie qui ont donné une journée de leur travail pour repeindre l'intérieur. Pour finir avec ces explications, l'évêque de Gap, venu inaugurer les travaux, a participé à notre repas à la colonie, invité avec les habitants du Coin. A la grande joie des enfants, il a animé la fin du repas. Plus jeune lui aussi avait été moniteur de colonie.
 
Mamie nous répétait souvent à Dieulefit que notre école spécialisée et laïque devait restée ouverte à son environnement.
 
Nous voilà au Coin, les maçons ont terminé la baie vitrée, ils creusent les deux fenêtre du premier. Ils ont déjà scellé les solives. Au deuxième, les menuisiers posent les lames de plancher (27 mm d'épaisseur). Pour nos classes de neige, je conseille des séjours d'une vingtaine de jours, voyage compris, pas plus de deux classes à la fois, soit dix huit à vingt élèves regroupés dans la salle à manger. Pour un premier hiver avec le nouveau plancher qui fera plafond du premier dortoir en condamnant le deuxième étage et calfeutrant l'escalier d'accès, avec un bon chauffage central au rez-de-chaussée et au premier étage, je crois l'aventure possible. Pour Mamie aucun problème. Elle n'a pas connu nos hivers en montagne et jamais pratiqué le ski. Simone voit déjà un avantage de faire l'école le matin et le sport l'après-midi. Elle est à l'initiative de l'application de nouvelles pédagogies. Elle pense qu'une institutrice par séjour c'est réalisable. Pour Atie et moi, de nos origines nous sommes partie prenante.
 
Concrètement nous rendons visite à la famille du chef du village. Le lait de la petite laiterie nous est déjà livré en été, pas de problèmes pour l'hiver. Au repas à l'Hôtel de Pierre-Grosse, Madame et Monsieur Blanc, nous donnent des conseils sur le ravitaillement et bien entendu nous parlons de chauffage dont ils sont très contents (en 1963, le mazout était à 5 à 6 centimes le litre) mais attention à la capacité de la citerne, vous ne pourrez pas être livrés en hiver.
 
Nous voilà sur le retour dans l'après-midi. La discussion entre mes trois directrices est vive, passionnée. Avec leur engagement si complémentaire, je préfère les véhiculer individuellement.
 
Et pour les finances concernant els travaux. Il reste encore une petite partie de la subvention disponible et " Michel, tu t'arrangeras " comme me le dit Mamie. Tu sais bien que nous finissons toujours par payer nos dettes. Il est vrai que nos artisans et commençants dieulefitois attendent jusqu'à deux ans le règlement et nos salaires ont de trois à six mois de retard. Cela changera progressivement.
Je demande le paiement comptant pour certains de nos partenaires au Coin, mais suis étonné de la patience de nos artisans qui nous présentent leurs factures avec plus d'un an de retard. Ils nous font confiance.
 
Le mardi suivant, je rencontre au Coin l'entrepreneur chauffagiste avec l'un de ses employés. Nous positionnons les radiateurs, 13 pour la première tranche sur le rez-de-chaussée et le premier étage. Pour le deuxième, nous prévoirons six à poser l'année suivante. A l'angle de la deuxième cave, la chaudière et dans la cave voûtée un bassin de récupération de l'eau des radiateurs. Le circuit doit être séparé de l'eau courante car nous la doserons d'anti-gel. Pour la citerne de mazout qu'il faut enterrer à l'extérieur où nous avons une bande de terrain contre la maison. Dix mille litres nécessaires, la plus grande à cette époque à Beauvallon, partie école, faisait deux mille litres. Cinq mille litres pour les Chênes et la maison de Simone.
Je savais quel serait mon problème pour faire creuser ce nouveau trou. C'est alors que lors de notre repas à l'hôtel Blanc, le fils aîné nous a rejoint et comme il venait de quitter son emploi avant de préparer ses stages de moniteur de ski, je lui ai proposé de travaillé pour nous. Creuser un trou ne lui faisait pas peur.
 
Après le café, il nous a rejoint au Coin. L'entrepreneur a délimité l'espace et indiqué la profondeur. La terre supplémentaire sera évacuée dans le ravin proche.
Le mardi suivant, je retrouve l'ouvrier de l'entreprise de chauffage qui est arrivé en camionnette la veille avec ses outils et le matériel de filetage. Le lendemain un collègue doit lui livrer en camion les tuyaux, radiateurs et la chaudière. Sur son conseil,  j'avais fait faire par nos maçons un socle en béton armé à l'angle nord de la cave. Il me demande de faire construire une cheminée à l'extérieur en aggloméré. Je vais voir nos maçons à Saint-Véran sur leur nouveau chantier. Leur facture est prête et je sais que pour eux qui viennent de s'installer, il faudra faire un effort. Ils s'engagent après leur chantier en cours à monter la cheminée, mais je dois acheter à l'entrepôt de Guillestre les éléments et les faire livrer au Coin.
 
Michel Blanc est déjà au travail à son trou. 4,20 m. x 2 m. profondeur 2,60 m. (citerne de 10 mille litres de fuel).
 
J'admire l'ouvrier spécialiste qui travaille seul. Il prend ses repas à l'hôtel, mais préfère dormir à la colonie. Ainsi de bonne heure, il fait son petit déjeuner. Notre plombier, qui plus tard passera un complément de formation pour l'entretien de notre installation et l'équipement des troisième et quatrième étages lui a branché l'eau et le chauffe eau au gaz. Il compte finir les travaux en moins de trois semaines. C'est admirable de le voir fileter et souder les conduits. Son établi triangulaire avec sa mâchoire de fixation est placé dehors devant la colonie. Il s'entend bien avec le jeune Blanc qu'il conseille pour son trou. La meilleure terre est mise de côté. Le tout venant porté à la brouette au ravin. Je demande de me laisser les bonnes pierres pour faire un mur en pierres sèches au bout de notre petit terrain devant la colonie.
 
Le mardi suivant, je n'en reviens pas de l'avance des travaux : les radiateurs sont fixés aux murs y compris un grand radiateur que j'ai fait placer dans le débarras derrière le dortoir du premier étage. Je compte au printemps avant la colonie d'été faire ouvrir une porte entre le dortoir et agrandir la fenêtre qui donne de plein pied sur la chapelle. Outre l'amélioration de l'éclairage nous accéderons par un petit tabouret à cette fenêtre, ouverture qui servira de sortie de secours pour cet étage. Les maçons feront le travail et notre plombier prévoit l'installation de deux w-c et de deux douches. Nous supprimerons la douche du rez-de-chaussée en maintenant le w-c et le lavabo.
 
J'ouvre ici une parenthèse, en février 2007, je passe dire bonjour à Achoura qui a travaillé avec nous dans les années soixante et à Gérard, ancien élève qui habitent le même hameau, commune de Saint-Véran. Achoura nous a quitté pour se marier avec un jeune entrepreneur de Molines, sa fille Valérie, monitrice de ski, encadre nos enfants en classes de neige. Gérard avec son fils a une petite entreprise de menuiserie, sa femme tient un petit magasin de sport. Ils sont installés depuis plus de trente ans au Queyras. Gérard m'a rappelé m'avoir accompagné en décembre 1963 deux jours pour finir l'installation de nos premières classes de neige. Il devait avoir 15 ans, c'était l'un de nos grands. Pour ce premier hiver avec des séjours de 25 enfants et adultes sur le plan de la cuisine et du sanitaire, l'installation de cette première année suffira.
 
Je reviens à notre chauffagiste qui fixe les tuyaux d'entrées et sorties entre les radiateurs qui par deux conduits à chaque étage joindront la cuve de récupération de l'eau avec anti-gel, prévue dans la cave voûtée. Mais comment ferez-vous ? les dimensions que vous m'indiquez, ne permettent pas de la passer par nos portes ? Ne vous inquiétez pas : vous voyez ces panneaux de tôle épaisse devant la colonie, je vais construire à la soudure cette cuve directement dans la cave. Par contre vu  l'épaisseur de certains des murs, en particulier à la base des voûtes, malgré mon petit marteau pic électrique, je dois retirer à la broche à main des pierres qui heureusement ne sont pas fixées par un ciment trop solide.
J'avais prévu pour ce chantier trois petites semaines, selon l'avance ce jour de mes travaux, comptons une semaine de plus.
 
Et vous, Monsieur Michel, où en êtes vous avec la cheminée ? En passant à Guillestre, je me suis arrêté à l'entreprise de matériaux qui dans la semaine va nous livrer les éléments de cheminée en grès double paroi conduit intérieur 30 cm de diamètre. Si mes souvenirs sont bons, éléments de 55 cm au carré, hauteur 50 cm. Je vais voir après notre repas à l'hôtel que nous prenons avec Michel Blanc, lequel avance bien avec son trou. A midi et le soir, il véhicule notre spécialiste qui nous impressionne tous par son énergie et surtout l'intelligence avec laquelle il conduit son chantier. Il est peu en contact avec sa famille et son patron. D'abord, il faut toujours cinq heures d'attente pour la jonction téléphonique entre la Drôme et le Coin. Une carte postale à la famille une fois par semaine, nous le savons un peu indiscrètement par l'hôtel qui en vend.
 
Le matin, j'ai encore reçu l'électricien et le plombier pour de petits travaux complémentaires. Une prise force dans la cuisine, prévoir au printemps le complément d'éclairage au deuxième étage. L'électricien m'apportait sa facture de mai, on est en octobre. Le plombier me dit de venir voir ses parents à ma prochaine visite, c'est eux qui font les factures. Les menuisiers que je rencontre d'abord l'un après l'autre, chacun dans leur propre atelier ; Ils sont cousins. Ils font tous les chantiers extérieurs ensemble, mais chacun pour soi, pour les meubles et objets sculptés du Queyras. Ainsi toutes les machines sont en double exemplaire. Pas question de faire un atelier en commun. L'un est célibataire. Le plus âgé, marié à une italienne de la vallée voisine qu'il a connu à l'époque où traditionnellement les italiens au début de l'été, jeunes garçons et filles, venaient se placer en France, plus riche à l'époque, pour la saison.
 
J'en parle parce que c'est elle qui faisait les factures et qu'elle a beaucoup sympathisé avec Atie. Le couple n'avait pas pu avoir d'enfant. Madame admirait le travail de nos demoiselles. Malheureusement cette femme plus jeune que son mari nous a quitté une dizaine d'année plus tard suite à un cancer. Son mari à ce jour, peut être aussi du fait de son âge, a complètement arrêté son travail. La facture du printemps est prête. Pour les travaux terminés actuellement on verra cet hiver quand nous aurons terminé les travaux extérieurs.
Même discours chez les jeunes maçons très pris par la construction d'un petit chalet. Un petit acompte ferait plaisir. Pour la cheminée pas de problème, la semaine prochaine nous viendrons. Je règlerai la question de l'acompte avec Atie. Je profite de passer chez les parents du plombier qui préparent le mariage du fils, alors pour la facture, on a bien le temps. Ici en 1963, pour les artisans locaux qui exploitent encore leurs fermes agricoles de montagne, on règle les comptes une fois par an. Les marchés se signent encore d'une poignée de mains. On fait confiance et que refuser à Mamie et Atie ! …
 
Je tiens sur cet historique de la colonie à dire que, sans consulter mes collègues de travail, je citerai nominalement par leurs prénoms, certains qui se sont investis dans le fonctionnement de notre colonie. Certains plus anciens de l'école avaient déjà participé avant moi à d'autres colonies beauvallonaises. Ce sont eux qui en premier se sont enthousiasmés par ce projet. J'en parlerai au fil de mon récit, en m'excusant pour ceux que je pourrais oublier. C'est plus de quarante ans de notre histoire dont je vais m'efforcer de résumer. L'essentiel s'est manifesté les premières années.
 
Pour l'heure, je monte fin octobre au Coin assister à la mise en place de la cuve à mazout. Au passage à Guillestre, j'ai commandé le combustible qui nous sera livré en deux fois compte tenu de notre chemin. Il a fallu être persuasif. La cheminée n'est toujours pas montée excepté le socle. Notre spécialiste qui veut terminer le branchement de la citerne et faire les essais de chauffage d'ici vendredi, n'est pas content, d'autant qu'il commence à geler la nuit.
 
Pour ce mardi, je cherche l'aîné de nos maçons qui vient nous monter six éléments de la cheminée. Il met de l'anti-gel dans son ciment et promis dimanche avec ses frères, ils finiront le travail. La cheminée qui doit dépasser le toit fait huit mètres de hauteur. Michel Blanc finira de recouvrir la citerne, et avec les maçons, posera la plaque de ciment avec son ouverture prévue pour l'alimentation.
 
L'inauguration est prévue en fin de semaine suivante. Rendez-vous est pris avec le patron chauffagiste et son ouvrier qui remontera à cette occasion nous expliquer comment faire fonctionner l'ensemble de l'installation y compris le système de pompage à la main pour alimenter les radiateurs d'eau dosée d'anti-gel. Encore une fois ce procédé est totalement indépendant de l'eau potable.
 
A cette époque Atie ne préfère pas monter mais ne reste pas inactive pour la colonie. Elle a contacté des amis de Chambéry, propriétaires d'un magasin de sport qui nous donneront une trentaine de paires de skis avec des boites de laque, qu'en menuiserie, je vais avec les enfants passer au pinceau sur les semelles. Aussi quelques souliers de générations antérieures qui complèteront notre matériel restant du Col de Rousset.
 
Marie-Mad s'occupe avec diligence des " fuseaux " et anoraks avec Simone notre lingère. Très important pour chaque séjour, elle préparera en vêtement de sports nos enfants et sur le plan physique par des exercices de gym. (Plus tard, nous demanderons aux familles de nos élèves, qui ont la charge des vêtements, de compléter le trousseau par l'équipement ski, excepté les skis et les souliers correspondants qui entreront dans notre budget).
Le jour de l'inauguration chaque détail est étudié avec soin par l'entrepreneur qui ne peut que se féliciter du bon travail de son spécialiste. Mais il ne semble pas s'en étonner. Nous prévoyons pour le printemps prochain la pose des radiateurs du deuxième étage. L'ouvrier spécialisé a prévu les raccords sur les radiateurs du premier.
 
Les maçons ont terminé la cheminée et posé la plaque de béton avec son ouverture pour alimenter la citerne qui a été remplie de ses dix mille litres de fuel. Excepté ce regard de un mètre au carré qui peut être retiré pour accéder à l'entrée de cette citerne, Michel Blanc a recouvert l'ensemble de terre fine bien tassée pour supporter le poids du camion ravitailleur qui peut aussi se garer sur le chemin du village qui longe notre chalet.
 
J'ouvre ici en 2006 une parenthèse : cette citerne dont le sommet est à 60 cm environ a 43 années de service, sans visites techniques à ma connaissance. Il serait bon de faire une vérification par un spécialiste. Au départ en 1963, nous avions posé une citerne renforcée, mais je ne crois pas que les modèles double parois existaient déjà. A vérifier. Depuis mon départ en 1994, le nécessaire a peut être été fait. Je viens de me renseigner auprès de notre fournisseur, le même depuis l'origine, il nous a toujours livré du mazout courant propre à des températures de moins sept degrés. Les températures peuvent descendre au Coin jusqu'à moins vingt degrés. La profondeur de la citerne et la mise en route de la chaudière au début du gel à l'automne provoquent un mouvement du fuel qui nous met à l'abri du gel. Nous verrons que ce n'est pas si évident pour l'eau.
 
Pour la citerne à gaz entrée en même temps qu'à l'école, pas de problème, elles sont contrôlées par la " Socotec " chaque année. Les premières années nous avions des grandes bouteilles situées à l'extérieur relayées par une citerne de gaz (huit cent, puis mille litres) entourée obligatoirement d'une clôture grillagée de deux mètres de hauteur. Minimum à 15 mètres de la colonie. Plus tard, je règlerai ce problème pour d'autres collectivités de la commune. Quatre simplement au Vieux Village. Avec Beauvallon, à Dieulefit, nous étions les premiers à installer ce mode de ravitaillement dans le sud-est en citerne enterrée.
 
Nous voilà dans la phase pratique. Je calfeutre la trappe qui mène au grenier où j'entrepose les trente paires de skis. Les souliers seront amenés avec le matériel d'hiver que nous monterons en bagage accompagné par le train.
 
Premier séjour, les grands garçons et six filles, soit vingt élèves de sixième à la quatrième. Garçons dans le dortoir, les filles dans la chambre de l'angle entre Marie-Mad au Chambron et nous avec nos deux plus jeunes enfants et deux filles dans la chambre du fond. J'ai arrangé à l'entrée du dortoir, un coin pour un stagiaire qui nous aidera et fera le voyage avec Marie-Mad. Le transport avec les bagages accompagnés n'est pas facile : car, de Beauvallon à la gare de Crest, train avec changement en gare de Veynes jusqu'à Mont-Dauphin. Puis car, jusqu'à Pierre-Grosse, notre route ne permet pas de monter au Coin.
Compte tenu du climat, nous fixons le premier séjour, la deuxième quinzaine de janvier 1964. En deux voyages avec l'homme d'entretien de l'école, nous montons avec nos voitures, l'essentiel des marchandises et matériel. Pour ce faire, j'ai retiré le siège arrière de mon " aronde " et Monsieur Clément possède une fourgonnette bien pratique. Nous stockons l'alimentation non périssable dans la cave. Je l'ai dit : les skis avec les souliers que nous avons essayé aux enfants pour les deux premiers séjours.
 
Notre chance cette première année, cela arrive assez souvent dans cette région selon les anciens, il est tombé très peu de neige qui, soufflée a bien rempli quelques creux, mais notre chemin est complètement dégagé. Les vingt années suivantes et nous verrons que cette neige bien utile pour la pratique de nos classes sera bien présente et quelques fois nous posera quelques problèmes.
 
Pour cette première année expérimentale, nous décidons que mon épouse Idelette qui habituellement ne travaille pas à l'école, sauf pour de petits remplacements et un mois l'été, montera avec moi et nos deux plus jeunes enfants. Idelette est nurse puéricultrice, diplômée d'une école de Genève, complété par un stage à l'école des petits des demoiselles Audemard et Laffindel, très connue en Suisse et en France. Mais c'est d'une cuisinière que nous avons besoin, en 1964, pas question de toucher à l'organisation de la cuisine de Beauvallon. Donc Idelette propose à Atie d'assurer la cuisine en échange de la pension que nous versons pour nos deux plus jeunes enfants (4 et 2 ans) prix bien modeste à l'époque. Notre aîné est déjà interne en collège professionnel. Notre deuxième, Samy, qui suit la classe de Dieulefit sera accueilli par une famille amie de Dieulefit.
Nous pensons aussi que pour cette première année, il est préférable que j'assure les deux premiers séjours. Mireille avec Achoura encadrera le troisième séjour, sa classe plus le CE 2 (une quinzaine d'enfants, les plus jeunes de l'école 6 à 8 ans). Madame Martin, notre voisine, qui l'hiver est plus disponible, viendra dès le début nous aider pour la cuisine et le ménage quelques heures par jour.
 
J'anticipe sur les années suivantes : Mireille avec l'accord de nos directrices, va pendant plusieurs années séjourner, quelque fois jusqu'à trois semaines en mars, va animer les premières classes de printemps, toujours avec sa classe et Achoura qui nous quittera pour se marier avec un jeune artisan du Queyras. Je ne monte au Coin qu'en cas de problèmes techniques. J'ajoute que les premières années pour l'hiver, que nous avons engagé Yves, jeune fils de l'épicier itinérant pour nous aider à l'encadrement du ski. De plus cette première saison d'hiver, Atie s'est entendu téléphoniquement avec cet épicier qui passe une fois par semaine au Coin. Son fils, qui possède une petite voiture, en début d'après-midi en venant travailler nous monte la commande, ainsi que le beurre et le fromage qui ne peuvent plus être livrés en hiver.
 
De fait le propriétaire de cette crèmerie de Gap qui était venu me voir en juin m'avait expliqué que propriétaire d'un chalet à Saint-Véran, il montait tous les dimanches et pouvait, si nous étions intéressés, nous livrer à condition que nous prenions une commande suffisante. Cette proposition transmise à Marie-Mad a été retenue. En été pour le pain qui venait de Saint-Véran pas de problème cette première année. L'hiver en cas de chemin bloqué, le boulanger avait prévu de nous ravitailler depuis la route de Fontgillarde par le petit téléphérique qui servait à descendre les bidons de lait du Coin. Notre pain et celui de nos voisins étaient ainsi livrés. Cette année là, c'est le fils aîné du boulanger qui était également propriétaire d'une ambulance privée et d'un taxi pour les clients du " Paris Briançon " qui nous a régulièrement livré en voiture, faute de neige cette première année.
Notre lait était directement livré de la petite laiterie du village à côté de la colonie. Lait contrôlé par l'entreprise Nestlé dont je connaissais par la Suisse, leur principe de délocalisation, je faisais rire le contrôleur laitier et les agriculteurs. " Pensez donc, Monsieur Michel, toutes les installations qu'ils ont réalisées dans le Queyras et dans les autres vallées des Hautes Alpes. Leur usine centrale à Gap, chef lieu du Département, vous plaisantez !... " Rien à dire sur le moment, mais trois ans plus tard, Nestlé a fermé toutes ces structures du département, reprises souvent au franc symbolique ou à moindre coût par les nouvelles coopératives départementales, aidées par le Ministère de l'Agriculture, avec aides de subventions d'équilibre sous pressions de nos députés, mais toujours déficitaires.
J'arrête sur ce point. Si ce n'est que la forte teneur en crème du lait m'avait fait demander à Atie, une baratte pour faire du beurre. Elle m'a fait apporter une écrémeuse encore neuve, utilisée du temps que nous avions encore des vaches à la ferme de la pension que nous avions en location.
 
Cette écrémeuse arrivée après trois ans de nos séjours a fait le bonheur de tous avec une fois par semaine, un kilo et demi de beurre non trafiqué. J'arrête ces souvenirs. Je veux rester à cette première année si déterminante.
 
L'aventure peut commencer. Nous montons deux jours avant Idelette et moi et nos deux enfants plus jeunes (5 et 2 ans).Suivant avec Marie-Mad et une stagiaire par cars, train, les cinq grandes filles et les grands garçons (des classes à l'époque de la 6ème à la 4ème) 18 élèves. Marie-Mad fera la classe le matin pour l'ensemble des élèves et la cure au retour du ski. J'assure l'encadrement ski, les douches, levers et couchers des 13 garçons. La stagiaire s'occupe des levers, couchers et toilette des 5 filles qui couchent à quatre dans la chambre entre Marie-Mad et une dans la petite chambre à côté de nous avec la stagiaire.
Idelette nous assure les repas et l'infirmerie. Nous avons engagé quelques heures par jour, notre voisine, Madame Martin pour lui donner un coup de main pour la petite lessive et le gros ménage.
 
Pour ce premier séjour, le peu de neige nous a rendu service. D'abord pour le transvasement de nos bagages et matériel du car de Pierre-Grosse au Coin, le chemin presque sans neige m'a permis de faire quelques voyages avec ma voiture. Les enfants à pieds n'ont pas trop peiné pour la montée au chalet. Un kilomètre dans le froid vif, mais sec, avec un bon équipement, c'est très supportable. Et puis un bon repas chaud attendait les voyageurs ; Adultes et enfants ayant participé à la première colonie de l'été sont favorablement surpris par la bonne chaleur de la maison. Le chauffage central que j'étais venu mettre en route une semaine plus tôt correspondait bien à notre attente. Bien entendu, il a fallu calfeutrer la porte d'entrée et quelques anciennes fenêtres. Le seul inconvénient qui apparaîtra très vite, c'est les vieux planchers en mélèze qui vont sécher par l'action des radiateurs, laissant apparaître des fentes d'un demi-centimètre propices aux nids de poussière.
 
Cette première classe de neige est importante sur le plan matériel et sur l'organisation de l'encadrement des enfants. Les années précédentes nous allions une semaine en séjour de ski au Col du Rousset avec une vingtaine de garçons sélectionnés pour leur compétence sportive. Nous logions dans un refuge du Club Alpin et prenions nos repas chez la tenancière d'un petit hôtel. Femme remarquable, ancienne résistante, soumise à la torture lors de la dernière guerre par les SS. Décorée, elle nous parlait très peu de ses actes avec les résistants du Vercors. Elle savait accueillir nos garçons. Il n'était pas question pour elle de les faire participer à la vaisselle ou au ménage. Marie-Mad, Mireille et moi, étions là pour le ski, les veillées, la toilette à l'eau froide et les levers et couchers. Cela reste pour nous un bon souvenir. Mais maintenant nos classes de neige devront être organisées pour toute l'école.
 
Comme je l'ai dit nous prévoyons deux premiers séjours du 15 janvier au 15 février. Le change peut se faire le même jour, les cars et le train nous amenant le nouveau groupe qui arrive peu après midi à Pierre-Grosse. Avec le car qui redescend, le premier séjour qui a fini le repas servi à 11 heures et qui se croise avec les arrivants à Pierre-Grosse. Les uns montent à la colonie pour le repas fixé à 13 heures. Les autres sont amenés pour le train de 15 heures pour le retour à Beauvallon.
 
Dans un premier temps, durant quatre ans, nous fonctionnerons ainsi, étant précisé que les deux plus jeunes classes monteront après la semaine de vacances de février jusque vers le 15 mars.
 
Ce voyage n'est pas simple, aussi après un cours séjour aux vacances de la Toussaint, je propose d'essayer le transport avec un car du Queyras qui va pouvoir nous assurer la liaison directe de Dieulefit au Coin, sans changement. Atie est très inquiète, le chauffeur est très jeune, mais un vrai enfant du Queyras. L'essai étant très positif, pendant plus de trente ans, ce sont les transports Audier qui assureront nos transports sans incident. Un seul arrêt à Serres entre Nyons et Gap pour les besoins naturels et éventuellement une boisson chaude. Une limonade en été.
 
Premier jour : après le repas, chacun prend possession de son lit qu'il fait avec rapidité, impatient de chausser les souliers de ski, et monter au grenier pour adapter les skis en fonction de la taille. La mesure pour chacun se fait debout, un bras levé au dessus de la tête. Ensuite, je règle les fixations type " Kandard " en fonction de la taille des souliers. A cette époque comme butée avant, nous disposions d'une mâchoire mobile réglable avec 4 vis, une courroie réglable maintient le dessus du soulier. Sur le devant, un levier avec une molette qui permet de régler la longueur du câble qui est relié de chaque côté du ski à un ressort souple qui entoure le talon du soulier, auquel nous avons pratiqué une gorge pour bien tenir le soulier sur le ski. Néanmoins une certaine souplesse sous le talon permet en cas de chute de libérer le soulier du câble qui de l'avant passe par deux gorges métalliques fixées sur chaque ôté du ski.
 
Cette explication est un peu longue, mais dans la pratique, il faut un certain temps pour régler chaque paire. Puis pour chacun une paire de bâtons à la hauteur du poignet bras plié à l'équerre. Quelques uns de nos élèves avaient participé aux camps de ski du Col du Rousset, mais la majorité n'avait jamais pratiqué le ski. La joie de glisser sur la neige ne suffit pas, de plus le peu de neige nous amène à faire un trajet de 800 mètres, les skis sur une épaule soutenus de l'autre main par les bâtons posés sur l'autre épaule.
 
J'ai repéré une petite combe enneigée, environ cent mètres de pente avec l'arrivée en faux plat. Il faut néanmoins faire attention de ne pas descendre trop vite un peu plus bas, nous pouvons arriver en bordure d'un ravin qui donne sur la route de Fontgillarde.
 
Les premiers exercices consistent à fixer ses souliers sur les skis au creux de la pente. Effectuer une petite traversée, les genoux légèrement pliés avec le corps penché en avant. Le ski amont légèrement en avant, le poids du corps sur le ski aval. Chacun fait sa traversée avec plus ou moins de bonheur. Les huit initiés dament leur piste en escalier, puis descendent face à la pente avec un beau dérapage en bout de piste. Avec les débutants, nous montons en escalier de chaque côté de notre piste, et descendons en traversée une fois de gauche à droite, une fois de droite à gauche. Les plus téméraires voudraient déjà prendre la piste face à la pente. Pour le premier jour, il faut encore bien régler les fixations, se sentir à l'aise sur chaque ski et apprendre à utiliser les bâtons avec les dragonnes bien enfilées sur chaque poignet. Les bâtons nous aident pour la montée.
 
Plus tard, nous essayerons de monter en canard les pointes des skis face à la pente avec appui sur les talons avec l'aide des bâtons.
 
L'après-midi passe vite, il faut rentrer à la colonie. Jusqu'au pont les skis aux pieds. Puis chausser et porter skis et bâtons sur les épaules jusqu'à la grange, qui sera bien fermée jusqu'au lendemain. On regagne le rez-de-chaussée pour enlever les chaussures que nous mettons sécher dans les casiers que j'ai fabriqué en menuiserie avec les grands. Marie-Mad et Idelette ramassent gants et bonnets pour les faire sécher sur les radiateurs. Les enfants montent se changer avant le goûter puis vont, sans se faire prier, en cure. Pour certains avec un des livres que nous avons montés de la bibliothèque.
 
Nous disposons pour cette année encore d'un seul W-C et une douche sous l'escalier du rez-de-chaussée. Nous convenons avec Marie-Mad que pendant la cure, les 5 filles iront se doucher à tour de rôle sans perturber la cure. Pour les treize garçons, ce premier jour, je les fais doucher juste avant le coucher après une courte veillée.
 
Ce premier jour compte tenu du voyage avec le changement d'altitude, le repos s'impose. Et puis nous devons nous réunir encore entre les adultes pour parfaire notre organisation. Yves Depeille viendra le lendemain m'aider pour encadrer le ski. Pendant la classe je dois encore régler les fixations mal adaptées. Pour cela, je peux passer par la trappe du grenier. J'ai mes outils sur le vieil établi que j'ai trouvé dans la réserve.
 
Avant l'extinction des feux de cette première journée, je lis deux chapitres d'un roman d'aventure et éteins la lumière. Plus de la moitié des enfants dorment déjà.
 
Nous décidons le lever à huit heures. Compte tenu du peu de ménage à faire : les lits, le rangement des habits que nous gardons dans les sacs au pied de chaque lit. Le débarrassage des tables du déjeuner, la vaisselle par équipe de quatre et surtout bien laver les toiles cirées de la salle à manger qui va être salle unique de classe de neuf heures à midi. Les cours pour les trois niveaux sont très bien gérés par Marie-Mad. Une courte récréation à l'extérieur vers dix heures et demie. Il faut quitter les pantoufles, mettre souliers et vêtements de ski. A cette heure là,  malgré le soleil, le froid sec est encore à moins 15 degrés. Marie-Mad fait tenir un graphique des températures journalières.

Avant de partir au ski, Idelette tartine la figure des enfants de Nivéa, attention à la réverbération du soleil sur la neige. Pour les yeux, le docteur Berron estime que la pupille s'adapte et que les lunettes de soleil ne sont pas une protection efficace. Nous verrons plus tard avec l'organisation d'une semaine de vacances pour les externes en février qui skient la journée que ce n'est pas évident et qu'il faudra bien se munir de lunettes de qualité pour protéger les yeux.
 
Ce premier séjour en petit comité est une réussite, malgré le peu de neige, les jeunes skieurs font de rapides progrès y compris notre stagiaire. Marie-Mad skie de son côté et Idelette amène sur la piste nos deux petits avec chacun sa luge. Un jour, ma petite fille de deux ans se lance seule sur la luge face à la descente. Francis, notre réputé gardien de but d'un beau plongeon, skis aux pieds, bloque la luge avant le ravin. Son acte de bravoure restera pour nous les parents une vive reconnaissance que je lui rappellerai plus tard à son mariage. Lancé du haut de la pente, je ne sais pas si j'aurai pu arriver avant la limite du replat.
 
La classe le matin pour Marie-Mad donne de bons résultats. J'ai le temps après la cure de doucher les garçons, les filles restant dans leur chambre en veillée. Les garçons mettent leurs pyjamas et par-dessus pantalons et pulls chauds. Chacun est prêt pour la veillée, jusqu'a neuf heures après le repas, la vaisselle et le nettoyage de la salle à manger, bien chauffée par ses quatre radiateurs. Comme nous avons amené une caisse de livres de la bibliothèque, quelques uns préfèrent lire sur leurs lits. Mais le plus grand nombre aime les jeux de cartes ou de petits chevaux. J'ai amené quatre jeux d'échecs et apprends aux filles et garçons (plus motivés) ce jeu qui va plaire à plus d'un.
 
Ce premier séjour va bien vite se passer. J'en assure le ravitaillement avec Yves que les enfants aiment bien. Mais au courant de la deuxième semaine, on nous annonce la neige. Il faut que je descende ma voiture à Pierre-Grosse où j'ai trouvé un garage. Nous ferons le transvasement de Pierre-Grosse au Coin à pied. Si c'est possible, Monsieur Berge descendra avec le mulet et le traîneau pour les gros bagages, heureusement mois importants pour ce deuxième séjour.
 
Eventuellement l'équipe s'étant engagée à pratiquer un espace au pied du Coin sur la route de Fontgillarde pour permettre au car de tourner, nous mettrons les bagages dans le téléphérique du lait. La solidarité est bien réelle dans notre arrière pays.
 
En attendant la neige est arrivée, je peux préparer avec Yves une piste devant la colonie avec un bon espace au cas de la pente pour virer. Nous avons travaillé le chasse-neige. Les virages en stem christiania. Plus tard, nous arriverons au christiania (dérapage à gauche ou à droite skis parallèles). Très vite après quelques années, j'appliquerai la méthode dite " Joubert ", sans abandonner le chasse-neige de base, rapidement on utilise le christiania combiné avec le décollement des talons. Les petits sauts. Nos jeunes sont vifs, ils aiment la vitesse, un peu casse cou quelques fois.
 
Le jour du changement d'équipe arrive. La veille du départ nous organisons une petite fête pour clôturer le séjour. Avant le repas pris autour des tables que nous avons rassemblées, chacun a fait son sac, vérifié ses souliers montants (nous n'avons pas encore de bottes fourrées adaptées à la neige). Pour le change des draps, nous avons prévu deux séjours et je me suis arrangé avec l'hôtel Blanc, qui une fois par semaine fait laver sa literie par une entreprise qui vient de Briançon dans le Queyras, faire le change du propre et du sale.
Au lever les partants font les ballots de draps sales, dix par dix, secouent les couvertures qui sont pliées au bout des lits.
 
Marie-Mad fait encore le courrier pour les parents qui partira du Coin, par notre facteur, qui avec sa moto ou à pied fait sa tournée par tous les temps. Puis les cahiers et livres de la classe sont bien rangés dans une malle métallique qui va suivre en bagage accompagné la double classe.
 
Le jour du départ, le soleil est présent, mais il est tombé environ cinquante centimètres de neige. Heureusement pas de tourmente de vent qui par la suite nous surprendra. Messieurs Berge et Martin avec son cheval ouvrent une trace jusqu'à Pierre-Grosse avec un chasse-neige en bois de mélèze de leur fabrication. Avant midi, Monsieur Berge avec son traîneau descendra les quelques gros bagages des arrivants, qui sont les deux classes de CM 1 et CM 2. Chaque élève montera son sac individuel.
 
Repas à 11 heures pour les partants qui doivent prendre la car à Pierre-Grosse, lequel nous amène les arrivants qui, sac au dos, montent le long de la trace jusqu'à la colonie où Idelette va les recevoir le temps que je transfère les gros bagages qui retournent à Dieulefit et charge sur le traîneau la malle scolaire et quelques colis supplémentaires. Ce double transfert commence à Dieulefit un peu avant six heures, car jusqu'au train à Crest, changement à Veynes, arrivée à Mont-Dauphin / Guillestre, car jusqu'à Pierre-Grosse, retour sur le même fonctionnement dans l'autre sens, sans problème, arrivée à Dieulefit vers dix neuf heures.
 
J'arrive à la colonie avec les derniers enfants à treize heures. Idelette a fait mettre aux 22 enfants pour ce groupe de 9 à 12 ans, les pantoufles, accrocher dans le couloir d'entrée, bonnets et anoraks. Toilette et lavage des mains et nous passons à table.
 
La principale accompagnatrice est Giney qui va assurer la classe du matin pour tous, la cure des huit petites filles. Je me charge du lever et du coucher des quatorze garçons. Rolande, deuxième accompagnatrice assurera la cure des garçons, le lever et le coucher des filles, puis nous tous, la veillée du soir que nous terminons plus tôt, à vingt heures trente.
 
Pour ma part en dehors du ski avec Yves, je suis assez pris par les problèmes matériels de la maison. Le change des groupes le même jour ne nous laisse pas beaucoup de temps pour la remise en état des skis et de la maison.
 
Quatre ans après le car, nous effectuerons les transferts d'été et d'hiver sur une nouvelle organisation. Descente de la colonie l'après midi et retour le lendemain matin. L'organisation en sera sensiblement améliorée.
 
Nous apprécions beaucoup Giney qui anime avec compétence la classe. Mais elle sort le moins possible. La montagne et l'hiver lui font un peu peur. A notre regret, elle nous quittera à la fin de l'année scolaire pour poursuivre ses études.
 
Les moyens de ces deux classes travaillent bien le matin et se plaisent au ski les après-midi. Certains font de rapides progrès. D'autres mettent un peu plus de temps à saisir la bonne technique, mais sont heureux d'évoluer dans la neige. Le déroulement de la classe de neige avec classe le matin, ski l'après-midi de 14 à 16 heures. Goûter, cure suivi des douches et veillée à partir de 17 heures 30 jusqu'au souper 19 heures. Veillées tranquilles, généralement en dortoirs jusqu'à 20 heures pour les petits, 20 heures 30 les moyens et 21 heures les plus grands, restera le rythme constant les 40 années auxquelles je participerai à ces classes avec des évolutions sur le déroulement de la pratique du ski dont je parlerai plus loin.
 
Mireille et Achoura monteront fin février - début mars avec les deux plus petites classes avec un stagiaire qui aidera Yves pour le ski. Madame Martin va nous aider un peu plus pour les repas. Je monte de mon côté deux jours au début pour régler les skis et aider à l'installation. 
 
Ces premières classes de neige sont globalement une réussite, mais nous avons à améliorer les questions déshabillement, de chaussure de ski et d'après-ski. Au fil des ans, nous aurons un gros effort à faire sur l'équipement des skis qui restent un problème financier pour notre budget sport.
 
A la fin du dernier séjour, je monte au Coin, pour bien ranger au grenier les skis et les souliers, vidanger l'eau, excepté pour les radiateurs munis d'antigel. Je prends les dispositions avec les maçons pour l'ouverture d'une porte entre le dortoir du premier et la pièce qui servait de dépôt derrière la grange, ouvrir deux fenêtres à la place des meurtrières du dortoir au premier, l'agrandissement du fenestron qui donne sur la chapelle et l'emplacement de deux douches et deux W-C dans cette pièce. 
 
Au second, l'ouverture de trois fenêtres au sud du grand et petit dortoir. Il existe une porte pour aller sur une galerie que nous devrons condamner. Les poutres du faîtage débordent le toit au dessus de ce balcon bien endommagé. Les menuisiers qui vont nous réaliser les portes et fenêtres refusent de restaurer cette avancée du toit, qui dans le passé, a déjà deux fois été arrachée par les tourmentes en hiver.
 
Par la suite, je remarquerai que les fustes du village ont bien des galeries en retrait sous les toits avec des barres en bois mobiles qui servent en été à faire sécher les gerbes de seigle. Monsieur Berge m'explique qu'en hiver elles sont réparties sans être fixées et que cela permet de couper le vent sans dommage pour les toitures qui supportent de plein fouet les tourmentes hivernales, heureusement pas trop fréquentes.
 
Le plombier et l'électricien feront d'ici là les travaux qui les concernent.
 
 
 
                                                                                                                     Février mars 2007

Chapitre 3. Deuxième séjour en été 1964. Agrément provisoire.
 
Dès le mois de février 1964, Marie-Thérèse notre secrétaire administrative, chef du bureau, s'attaque aux autorisations de transfert pour l'été et l'hiver. Pour la petite histoire, notre première année, considérée par Mamie et Atie expérimentale, aucune demande n'a été faite à notre autorité de tutelle. Il faut maintenant régulariser nos transferts.
 
Mamie et Atie nous convoquent, Idelette et moi pour nous proposer de diriger les deux mois de colonie (juillet et août) et trois séjours de classes de neige. Mireille montant avec Achoura en mars pour sa classe, une dizaine d'enfants. Il est prévu notre départ au 15 juin pour préparer nos séjours et que je prenne mes vacances en septembre. Nous acceptons. Idelette assurera le dortoir des filles en été et l'infirmerie, étant entendu que le Docteur Berron nous visitera deux fois par mois. Marie-Mad fait le choix d'organiser un stage de natation à Beauvallon, trois semaines en juillet et nous montera ses stagiaires à la colonie
la dernière semaine pour les enfants qui resteront jusque fin du mois de juillet pour ceux qui passent un mois de vacances dans leurs familles et fin août pour les enfants qui ne vont chez eux qu'une dizaine de jour par an, soit à Noël, soit à Pâque.
 
Pour l'hiver, trois séjours pour nous avec Idelette qui assurera la cuisine et l'infirmerie. Plus tard quand elle saura skier elle accompagnera avec autorité un groupe de nos jeunes skieurs en perfectionnement.

Reste le problème de la cuisinière en été, cinquante repas en moyenne et Atie tient à garder le personnel de Beauvallon pour les grands nettoyages en juillet et certains groupes extérieurs en location le mois de juillet. Le personnel étant en vacances en Août, Atie a l'idée de faire venir de Lyon Marie avec ses trois enfants. Michou son mari est pompier professionnel à Lyon. Ils sont d'accord, ainsi Marie avec ses trois enfants assurera sept ou huit ans la cuisine en été. Elle logera dans la petite chambre que nous occupions au
début avec ses deux filles. Son fils aîné plus grand logera avec les grands. Plus
tard, elle aura son petit Christophe dont je serai le parrain.
 
Plus tard elle sera embauchée avec son mari pour remplacer Atie qui ira habiter la Merlette. Michou qui deux années avec nous un mois l'été préférera organiser des camps dans le massif central pour un groupe de plus grands garçons. Marie sera remplacée à la cuisine en été d'abord par Maya, ancienne employée de Beauvallon, deux ou trois ans, puis par Mauricette qui restera les deux mois d'été de nombreuses années notre cuisinière pour les colonies d'été jusqu'à un an avant son départ à la retraite, employée à l'école et auprès de
Mamie malade qui nous quittera après un dernier séjour à l'hôpital.
A la colonie nous avons beaucoup apprécié la collaboration de Mauricette, qui comme Marie à nos débuts, a travaillé avec beaucoup de dévouement ne comptant pas le temps de travail supplémentaire selon l'organisation de nos activités. Malheureusement elle n'a profité qu'une année de sa retraite.
 
Je veux rendre aussi hommage à Jeanine notre autre cuisinière qui, les dernières années de ma direction, responsable suite à ses stages de la cuisine à Beauvallon, compte tenu de l'organisation du temps de travail de ces aides après avoir participé aussi à certains séjours d'un mois en été et une classe de neige après le départ d'Idelette. Nous organisant le travail en tenant compte des trente neuf heures. Elle aussi ne profitera que d'un an de sa retraite et nous quittera suite à une douloureuse maladie.
A Beauvallon, comme d'autres nous avons vécu ces périodes de tristesse qu'il n'est pas facile à accepter. Je pense à deux de nos élèves décédés suite à un cancer. A notre stagiaire aimée de tous, assassinée par un jeune chasseur. Ses parents, de l'étranger, ont souhaité rester proches de nous. Ils nous ont donné notre première voiture de la colonie, celle de leur fille. Plus tard pour la remplacer la D.D.D.A.S.S. m'autorisera l'achat d'un véhicule 4x4 pour les séjours d'été et d'hiver de la Colonie, bien utile pour le ravitaillement des camps d'été et de ski. Surtout en montagne.
 
Sur l'organisation du travail de la cuisine à la colonie ce n'était pas facile. Aussi longtemps que j'ai assuré la responsabilité entière de la colonie, surtout avant d'être directeur général, je prenais en charge le petit déjeuner. Faire cuire le lait, préparer les parts de chocolat en poudre, de beurre et confiture, couper le pain. Mettre la table silencieusement pour ne pas réveiller avant l'heure du lever, fixée à huit heures tout en surveillant les enfants dont certains étaient des réveille-tôt. Il m'arrivait que je descende un enfant trop turbulent avec
ses pantoufles et une couverture pour l'asseoir dans un coin de la cuisine. C'était
généralement des garçons du groupe des moyens.
Un matin, un des jeunes, puni après avoir boudé comme il se doit dans cette circonstance, m'observant au travail me dit : "Michel est ce que je peux t'aider à préparer les parts du déjeuner par table ? ". Pourquoi pas, tu vas d'abord chercher en silence tes habits, t'habiller et ensuite tu feras ce travail selon mes indications. Comme c'était déjà un récidiviste, il m'avait bien observé, il ne lui a pas fallu de longues explications. Résultat, il m'a demandé de le lever d'avance le lendemain pour m'aider.
 
Par la suite d'autres enfants m'ont demandé de participer à ce travail du matin. Comme ce n'était plus une sanction et que j'avais jusqu'à trois candidats aides cuisiniers, j'ai dû organiser un tour de rôle avec les habits préparés le soir dans le couloir et à condition que tout se passe dans le parfait silence. Les enfants ont ce besoin certain de ressembler à l'adulte, pas seulement pour les épreuves sportives. Mes tournées dans la maison avant le
lever pour veiller à la tranquillité ont pratiquement été inutiles.

Il m'arrivait souvent de faire seul le lever des deux dortoirs des garçons. Pour encourager les traînards habituels, je comptais de trente à zéro pour que l'habillement, l'ouverture des lits qui, après leur aération fenêtres ouvertes, étaient faits au carré après le petit déjeuner, le lavage des mains et de la figure, le coup de peigne. Le dernier risquait un ménage supplémentaire. Il fallait savoir mesurer le rythme du comptage pour éviter la bousculade et tenir compte des plus lents à s'habiller.Certains diront que la méthode est un peu militaire, voir collectiviste. Je dirais plutôt de punir, voire rappeler à l'ordre et surtout à l'horaire, les enfants qui ont, par tempérament, le lever difficile, le jeu n'est pas une si mauvaise
méthode pour maîtriser son espace temps. En ce qui me concerne je n'ai jamais eu de retardataires à table qui risquent par l'horaire de se priver de petit déjeuner. Surtout le lever se faisait dans la bonne humeur.
 
Pour l'instant dés fin avril nous avons des travaux à réaliser avec les entrepreneurs et surtout assurer la finition des installations pour accueillir chaque mois 40, voire 44 enfants, Atie ayant toujours un oublié ou une admission d'urgence à accueillir.
 
Revenons à nos agréments. Ce n'est pas si simple, nous envisageons des transferts de tous les étés, et des classes d'hiver par roulement. De plus nous changeons de département, de la Drôme aux Hautes Alpes. Administrativement, nous devons le temps de nos transferts dépendre de la tutelle des Hautes Alpes. Cette situation s'est déjà produite, mais pour des séjours occasionnels, voire exceptionnels.
 
Nous n'étions pas la première collectivité installée dans la région, pour citer les plus proches : une maison d'enfants dans un hameau de Saint-Véran, accueillant des pupilles de la D.D.A.S.S. dirigée par un ancien pasteur qui préside également les remontées mécaniques de Saint-Véran et d'un privé sur Molines, le foyer des éclaireurs protestants de France également installé à Saint-Véran, qui seront nos premiers locataires en septembre 1964 pour un stage de cadres. Je dois ajouter à Fontgillarde l'Ecole Alsacienne qui a acheté la moitié de l'ancienne école et le Foyer social de la commune de Corbeil-Essone qui campe en été après Fongillarde et qui vient d'acheter la même année que nous une vieille et grande ferme au haut du village du Coin.
 
Le dossier de transfert n'est pas simple, nous sommes un établissement spécialisé pour enfants inadaptés dits "caractériels". En été certains retournent 15 jours à un mois dans leurs familles. D'autres vont rester deux mois avec nous. Nous accueillons aussi quelques enfants du Placement familial en vue d'observation ou en prévision de leur entrée à l'école en classes secondaires. Nouveaux élèves qui font connaissance avec notre collectivité. Par la suite nous observerons que les nouveaux élèves s'intègrent mieux à l'école après un mois de colonie.
 
Douze jours avant l'arrivée de la colonie je monte avec trois de nos enfants. L'aîné qui a 15 ans nous suit avec un ouvrier et nous rejoignent avec deux de nos grands élèves en mini-car chargé d'armoires et étagères démontées que nous avons fabriquées dans notre atelier
de Beauvallon.
 
Au passage à Gap et Guillestre, nous nous arrêtons chez nos futurs fournisseurs alimentaires. Il faut penser maintenant à nous ravitailler en gros pour l'épicerie et la viande. Pour les légumes, le beurre, le fromage et le pain nous nous ravitaillerons sur place comme l'année précédente.

Idelette nous fait la cuisine et avec les trois grands garçons je vais nettoyer et aménager les dortoirs et chambres avec les anciens meubles achetés avec la colonie. Monter nos meubles préfabriqués pour le rangement des habits dans les couloirs et l'entrée du grenier. Notre deuxième garçon dix ans et demi, Samy, est déjà installé chez nos voisins agriculteurs. Les Martin-Mista avec qui il a noué des liens déjà en 1963 pour la participation aux foins et qui déjà pense s'orienter, par rapport aux animaux de la ferme, vers une formation agricole. Il y restera l'été et je le monterai par la suite pour les vacances après
Noël et Pâques.
 
Retour aux travaux. J'ai commandé une douzaine de solives, des chevrons et des frisettes. Nous plaçons avec les jeunes les solives sur la charpente existante à l'arrière du grenier. Dans le coin nord-ouest nous fabriquons une petite chambre qui sera utilisée par deux moniteurs étudiants pour compléter notre encadrement. Les chevrons et frisettes sont facilement utilisables pour ces travaux réalisés en deux journées.
 
De Beauvallon nous avons monté les anciens marabouts américains que nous utilisions pour d'anciennes colonies d'été. Je pose les mâts sur la largeur de la colonie en appuis sur les murs extérieurs et le mur de refend au centre du bâtiment. Les murs montent environ à deux mètres au-dessus des planchers du deuxième étage. Sur l'ensemble nous étalons les grosses toiles de tente. Nous aurons à cet étage une protection pour le froid et l'eau en cas de pluie.
 
J'inverse encore la grosse porte de grange qui donne sur le pont (dit dans le pays pontil) qui monte de la rue à la grange. Passage à doubles ventaux, hauteur deux mètres, largeur un mètre quatre vingt dix. A l'extérieur sur la poutre frontale, à demi dissimulée par les planches, la date de la construction de la ferme Jean RAFOUR et ses enfants 1884. Notre colonie a 80 ans. Avec les 25 ans nous fêterons avec un peu de retard ses 100 ans.
Les menuisiers me posent une porte-fenêtre qu'ils ont fabriquée dans leur atelier à Fontgillarde. Les deux douches et deux W.C. sont en place au premier. Le compteur général électrique posé à l'angle de la chambre des moniteurs. J'ajoute que le chauffagiste est venu nous poser six radiateurs complémentaires à cet étage. J'ai tenu compte pour l'année suivante de la construction au second d'une douche collective avec deux lavabos et deux W.C. Nous gardons le W.C. du rez-de-chaussée et son lavabo. Par contre supprimons la douche sous l'escalier apportant trop d'humidité et faute de place.
 
Je reviens à notre demande d'agrément : j'ai établi sur ma planche à dessin de l'école des métiers le plan précis de la colonie avec la disposition de chaque étage. Y compris les aménagements futurs. Comme toutes les maisons du village, les maisons se bâtissaient en fonction du terrain disponible. Aucun angle droit. Dés la première année j'ai équipé le bâtiment d'un minimum d'extincteurs selon les règles qui nous sont imposées à Dieulefit. J'achète une grande échelle en aluminium pour accéder au premier. Pour le second nos avons la sortie de plain-pied par le "pontil".
 
Six jours avant l'arrivée de la colonie, Mamie m'appelle à la colonie où nous avons fait poser notre propre téléphone ce printemps. Nouvelle dépense qui est néanmoins moins onéreuse que la première fois. J'ai aussi renégocié le contrat E.D.F. nous manquions de puissance électrique. L'objet de son téléphone est pour me dire que la D.D.A.S.S. de la Drôme qui avait accepté notre dossier de transfert en été sous réserve de la visite du médecin inspecteur des Hautes Alpes vient de retirer son accord suite à un avis défavorable du
médecin qui avait visité en mai notre colonie avec notre gardien du Coin, Monsieur Berge qui n'avait pas eu une mauvaise impression, mais n'avait pas fait de commentaires. Le médecin inspecteur trouvait la colonie non conforme pour recevoir des enfants classés médicalement malades. De plus nous ne répondions pas aux normes de sécurité incendie. Alors Michel débrouilles-toi, fait revenir ce médecin et obtiens son accord. Je me demande comment je vais m'y prendre, néanmoins, je joins au téléphone ce médecin à son bureau qui me confirme son avis défavorable. Mais vu mon insistance, affirmant l'avance des
travaux, il accepte de revenir visiter en ma compagnie notre chalet. Justement il vient pour une autre maison à Arvieux dans le Queyras le lendemain et passera en fin de matinée pour une nouvelle visite.
 
Les maçons, menuisiers et l'électricien ont fini leur travail. Comme à son habitude le plombier est encore au travail. Il nous a branché de l'extérieur deux bouteilles de gaz pour nos réchauds de campagne et le cumulus d'eau chaude. Il lui reste au premier à fixer les deux lavabos collectifs pour la toilette des enfants entre les douches et les W.C. Bien entendu, nous avons mis le chauffage en route. Mais nous finissons tard la nuit pour bien ranger nos dortoirs, faire les lits et mettre les toiles cirées sur nos vieilles tables et déjà deux neuves fabriquées à Fongillarde. Les toiles, c'est Simone notre lingère qui les a achetées et fourni toute notre lingerie de maison. Nous n'avons pas monté de Dieulefit le meilleur, mais tout est bien propre. Nos grands sont vraiment partie-prenante. L'esprit Beauvallonnais est bien réel.
 
Mon fils aîné Jean Daniel, 15 ans, ira travailler chez un petit commerçant de Fontgillarde qui a un gîte et un restaurent bar. Les deux autres élèves de Beauvallon qui sont dans leur année de seize ans rejoindrons en train leur famille de Paris. A cette époque nous avons encore 80 % d'élèves de la région Parisienne. Cela s'explique depuis notre agrément sécurité sociale de la fin de la guerre en 1945. Agrément pour caractériels légers d'intelligence normale, soit 90 et plus de quotient intellectuel. Pour notre agrément qui est
passé de 12 ans à 14 ans puis 14 ans à 16 ans, nous obtenons des dérogations d'âge jusqu'à la majorité pour certains de nos élèves qui poursuivent à notre Placement familial spécialisé, le premier de France, leurs études ou apprentissage. Cela pour nos jeunes encore fragiles et qui sont d'un milieu très dégradé. Pour beaucoup suite à ces années de Guerre.
 
Plus tard nous aurons aussi des enfants issus des soldats qui auront des enfants en Indochine. L'armée devra créer un accueil à Paris pour ces enfants qui ne peuvent pas être reconnus par leurs pères biologiques pour des questions sociales. Peu de militaires reviendront à la fin de ce conflit avec leur famille crée dans cette colonie. Et les jeunes mères ne pouvaient assumer au moment de l'indépendance cette responsabilité. Je parle de ce problème que je découvre en France avec aussi les enfants des Harkis dont certains n'ont pas supportés le déracinement avec leur pays. J'en parle ici parce qu'avec la
régionalisation progressivement nous avons reçu des enfants plus proche de la Drôme, de l'Ardèche et des Bouches du Rhône.
 
En 1963 - 1964 notre Association "Les Amis de Beauvallon" avait encore son siège à Paris, lieu naturel de nos débuts depuis l'action de nos fondatrices qui avaient caché les enfants et adultes juifs pendant la guerre, la plupart en fuite de Paris. Nous domicilierons beaucoup plus tard à Dieulefit l'Association, qui est gestionnaire de l'Ecole et du Placement familial depuis 1945.
 
Pour les bâtiments et certains terrains ce sont nos fondatrices et Simone, qui les a rejoint plus tard, qui en sont les propriétaires dans le cadre d'une société civile et particulière privée. L'Association en est locataire avec ses agréments. Le loyer n'est pas élevé mais nous avons toutes les charges d'entretien et rénovation.
 
Avec Marie-Mad, nous avons obtenu que Mamie et Atie inscrivent dans la Société le terrain où nous ferons par la suite avec les enfants et le personnel le terrain de foot. La piste de patins à roulettes à l'initiative d'Atie qui de sa chambre admirait les enfants évoluer en patins à roulettes sur la terrasse trop petite des classes. Nous y ajouterons des panneaux de basket et le Dojo qui, après plusieurs modifications, deviendra entre les deux classes
préfabriquées la grande salle de sport et de théâtre. Le reste de la Merlette avec la propriété était réservée aux héritiers.
 
Tant que Mamie et Atie seront les gestionnaires nous n'aurons pas de problèmes.
 
Je reviens au jour dit, vers dix heures le médecin inspecteur arrive. Il fait beau, les fenêtres sont ouvertes. Je présente chaque chambre et dortoir et nos nouveaux aménagements sanitaires au premier dans l'ancienne réserve avec la fenêtre élargie qui donne de plain-pied sur le chemin communal. Au second la petite chambre de garde et l'emplacement réservé pour la future douche collective avec deux W.C. que nous installerons à l'automne. Je montre les solives placées et explique qu'après la colonie avec des volontaires de
Dieulefit, nous ferons au-dessus un plancher-plafond pour nous préserver du froid. Mais en hiver, en classes réduites nous n'utiliserons que le premier étage. La porte qui donne sur le "pontil" est ouverte face à la petite chapelle.
 
Le médecin me dit n'avoir pas remarqué cette sortie de plain-pied, importante au niveau de la sécurité, lors de son premier passage. Il est impressionné par nos efforts de travaux que nous avons réalisés. Nos jeunes sont au travail à finir la peinture des trois chambres du premier étage. Au second les toiles de tente sont posées pour nous isoler de l'énorme grenier, le toit étant très pointu avec les pignons fermés par des planches en mélèze, à l'origine volontairement espacées de deux centimètres pour garder suffisamment
d'aération pour le foin. Notre futur plancher remplacera à l'automne ces toiles provisoires. Je ne lui dis pas que c'est aussi pour nous protéger des fuites quand il pleut surtout après le quinze août, période des orages.
 
Je reviens ici à l'une de nos visites en mai avec Atie où nous nous arrêtons au passage à Guillestre à l'entreprise des matériaux de construction qui deviendra par la suite une succursale de la S.A.M.S.E. où nous avons toujours notre compte ouvert. Pour le toit nous ne voulions pas mettre des tôles galvanisées qui rouillent très vite. Que faire ? Atie qui se montre très intéressée par les matériaux de construction, remarque à l'extérieur une maquette représentant un toit recouvert de bardeaux canadiens. Le fils du patron, jeune
technicien de l'entreprise, nous explique la pose de ces plaques rectangulaires de 60 cm sur 30 cm. Nous prenons rendez vous au Coin l'après-midi le jour même, à nous de convoquer sur place nos menuisiers-charpentiers pour la pose de ce revêtement qui sera le premier dans le Queyras. L'affaire est rapidement étudiée, en base sur le toit existant il faudra simplement poser des plaques d'agglomérés de 15 mm. d'épaisseur pour niveler les aspérités. La technique de pose est simple : du pied du toit, les plaques, rang par rangs, sont fixées avec des petits clous, le rang suivant décalé recouvre le rang précédent avec une bande autocollante qui soude à la chaleur du soleil les éléments entre eux. Deux
questions me préoccupent : le poids sur le toit existant avec une charpente très fine et le danger pour les charpentiers sur ce toit encore une fois le plus pointu de la commune. Pour le poids, onze tonnes vont être ajoutées, le technicien estime que la pente du toit explique la répartition de la charge que la pente atténue. Par précaution il propose aux charpentiers, qui sont d'accord, d'effectuer fin septembre ce chantier, de renforcer les flèches de la charpente avec des solives placées en V.
 
De l'intérieur quand nous aurons mis notre plancher au dessus du second. L'autre inquiétude c'est forcément la pente pour les artisans, je suis moi-même monté sur le toit pour arranger un bardeau et même si je ne suis pas sujet au vertige, j'ai été très impressionné. Le jeune technicien pour ce premier marché qu'il espère voir se développer propose en cadeaux à nos artisans un nouveau baudrier anti-chute. Nos menuisiers vont en acheter un deuxième. Ce principe de couverture va se développer dans les alpes avec, des fabrications françaises moins performantes, mais sera progressivement abandonné en
altitude, le gel aidant avec le vent, nos bardeaux vont après une vingtaine d'années s'arracher progressivement par bandes. Mais n'anticipons pas.
 
Je reviens à notre médecin inspecteur qui termine avec moi au bureau où nous avons installé notre pharmacie dans une de nos armoires sculptées du Queyras avec au-dessus nos trois dentellières ouvragées. Dans cette pièce nous avons également rassemblé un pétrin d'origine, une belle table avec ses chaises sculptées sobrement. Un beau fauteuil avec encore le nom de l'ancien propriétaire. Deux grosses meules dont l'une à sel. Les meubles qui certainement ont été fabriqués progressivement par les habitants d'origine ont
les dimensions classées "règle d'or".
 
Le médecin est visiblement séduit par notre chalet et agréablement sensible à notre travail. De plus il m'explique que dans les Hautes Alpes, climat méditerranéen, avec des habitations permanentes, voir Saint-Véran plus haute commune d'Europe, il est favorable à l'installation de maisons d'enfants sanitaires au-dessus des 1500 mètres d'altitude limitée par le Ministère de la Santé publique. Les enfants souffrants de maladies des bronches trouvent
dans les Hautes Alpes un terrain favorable pour des séjours de convalescence.
 
En ce qui nous concerne, il pense que des enfants nerveux peuvent se faire que du bien. Il n'est pas défavorable à notre pratique homéopathique. Il a bien remarqué nos médicaments préventifs au côté des trousses de premiers secours pour nos randonnées. Alors voilà, compte tenu de nos premiers travaux, de notre volonté de poursuivre les améliorations, il revient sur sa décision et nous donne pour cette année une autorisation provisoire de fonctionnement, mais je dois faire venir en juillet le capitaine des services de secours de Gap. Ajouter un écriteau "sortie de secours" au-dessus de la petite fenêtre de la salle d'eau du premier étage. Demander l'agrément de l'Education Nationale pour les classes d'hiver. Plus tard, ce sera la Jeunesse et Sports pour les camps de vacances et les services d'hygiène. J'en reparlerai.
 
Le médecin nous quitte en promettant dès le lendemain de téléphoner à la D.D.A.S.S. de la Drôme cet accord provisoire qui sera confirmé par lettre datée du même jour. Nous serons agréés deux jours avant l'arrivée des enfants. Mamie et Atie, à qui j'ai téléphoné la bonne nouvelle, ne semblent par surprises. Elles ont si souvent forcé le destin pour leur maison d'enfants.

La Commune qui a arrangé un peu notre chemin et surtout fait un premier élargissement du seul virage à 100 mètres de la colonie nous permet de faire monter le car jusqu'à ce tournant. Le transbordement des bagages en est facilité et les camions de ravitaillement peuvent monter au Coin. L'année suivante un premier goudronnage améliorera encore notre accès.

Pour l'hiver nous utilisons le petit téléférique (benne pouvant contenir 6 bidons de lait).
 
La première semaine je reçois le capitaine des pompiers qui remarque nos sorties de secours à chaque étage. Il nous demande de compléter les extincteurs et pour l'année suivante l'ouverture de la porte d'entrée vers l'extérieur. Je lui fais remarquer que la neige peut nous empêcher d'ouvrir la porte dans ce sens. Pas d'importance faite un porche d'entrée. Je ne tiens pas à gâcher notre entrée et puis nous sommes à 1,50 m. du chemin communal qui dessert nos voisins. Après réflexion je demande à nos menuisiers de nous faire une porte, vitrée sur la partie haute, à l'intérieur dans l'entrée qui ouvre sur l'extérieur. Nous avons la place et officiellement la grande porte extérieure restera ouverte pendant nos séjours. C'est le cas en été, mais en hiver nous gardons nos deux portes fermées. Je dois dire que de la grande fenêtre de la salle à manger, il est plus facile de faire sortir les enfants que par la sortie.
 
Alors enfin ce premier été avec autorisation officielle de transfert. Pour l'infirmière c'est Idelette avec son diplôme de nurse-puéricultrice qui fera fonction en plus du groupe des filles dont elle se charge pour les levers et couchers, la cure du premier. J'en assure celle du second et les levers couchers, douches des moyens et grands, aidé par un moniteur de vacances qui se joindra à notre équipe plusieurs années en remplacement d'éducateurs de
Beauvallon qui montent environ trois semaines en juillet avant leurs vacances. Cette deuxième année nous utiliserons les sanitaires du premier.
 
Participent aussi à cette deuxième Colonie, en juillet, en août pour l'une avec son jeune fils, nos éducatrices habituelles qui se sont motivées pour nos séjours à la montagne. Mireille, Achoura et Rolande. Leur aide est précieuse pour les activités. Les remplacements du personnel en congé hebdomadaire (1 jour par semaine.)
 
Comme prévu à l'automne nous installerons les deux W.C. et douches collectives entre la chambre du second et le petit dortoir des grands.
 
Je dois dire ici que nous avons reçu plusieurs stagiaires en été, étudiants éducateurs, futurs avocats, psychologues, éducateurs, juge pour enfants. Globalement nous ne pouvons que nous féliciter de cet apport extérieur qui, soutenus de notre expérience nous ont beaucoup apporté. Et puis, généralement engagés pour un mois, excepté une journée de congé par semaine, ne comptaient pas trop leurs heures rythmées par nos journées en vacances, de pique-niques, camps volants de trois jours. Grand jeu le dimanche.
 
Certains viendront de l'étranger. D'autres feront connaissance de leurs futurs ménages. Pour moi devenu Directeur général de Beauvallon et du P.F. début juillet 1981. Je ne monterai que pour un court séjour au mois d'août pour seconder Samy qui encadre le camp de voile à Embrun à 50 Km de la colonie et un ou deux séjours en hiver, étant entendu qu'à tour de rôle Claudine et Jean-Charles participent en qualité de chefs de service à une classe de neige.
 
Le Docteur en visite deux fois par mois et la présence demandée par l'administration d'un membre de la Direction de notre école. Pour cela je serai nommé Directeur intérimaire pour ces transferts d'été et d'hiver. Mamie et Simone prenants leurs vacances en juillet et août.
Atie assurant la permanence à l'école pour le P.F. et pour les enfants revenus prématurément de chez eux, un chauffeur de l'école nous les amenait à la colonie.
 
Pendant près de vingt ans, je vais partager mon travail entre Dieulefit et la Colonie, en dehors de mes vacances prises en septembre, 4 à 5 mois, étés et hivers au Coin et 6 à 7 mois à l'école. Mon remplacement devenant compliqué en hiver, François et Claudine me remplaceront à la petite maison à partir de 1966. Je reste trois ans à la grande maison chez les moyens où nous sommes deux. Mais comme je m'occupe encore une journée par semaine des externes, Mamie me propose de prendre un groupe du P.F. et garder la menuiserie pour les travaux manuels que j'assure 3 heures par semaine.
 
Plus tard, Samy, qui en accord avec Simone, viendra travailler en permanence au Coin, d'abord à temps partiel de Beauvallon, pour m'aider et à plein temps jusqu'à son départ en 2003. Son salaire étant remboursé lors des locations et par le comité d'entreprise dont les enfants du personnel séjourneront avec les externes et quelques grands du P.F. Avec en remplacements l'aide de sa femme Jocelyne également éducatrice spécialisée.
 
Pour Samy, compte tenu de l'évolution de l'occupation de la colonie par nous (vacances de Noël pour les enfants qui ne peuvent se rendre dans leurs familles, mise au vert de certains grands perturbateurs à l'école, surtout en fin d'année scolaire et nos locataires), nouveaux locataires surveillance et participation des travaux de mises en conformité de nos locaux, j'ai plusieurs fois modifié son contrat de travail. Refait par la suite par mon successeur, qui
pour finir ne voulant plus compter les heures supplémentaires, les travaux et les mises à disposition de Samy pour les locataires, a proposé au Conseil d'administration la révision de son contrat qui devait passer à un mi-temps. Ce changement de statut unique pour un employé permanent de Beauvallon, certainement mal compris par le Conseil d'administration, qu'en qualité de père de Samy je ne pouvais pas intervenir, a conduit Samy à donner sa démission sans demande d'indemnités. Beauvallon n'a pas bien réalisé la qualité de l'éducateur dont nous nous privions. Bien vite repris pour une fonction dans le Queyras qui lui reconnaissait ses qualités. Pour moi, j'ai été très affecté par cette décision
qui aurait mérité un peu plus de concertation.
 
Pour ne pas y revenir, je précise ici que ma femme Idelette travaillera près de vingt ans à la colonie avec nous et assurera quelques heures à l'école pour des remplacements. Elle sera aussi un temps assistante maternelle pour le P.F. Depuis notre travail en commun déjà de Suisse, nous avions l'habitude de travailler ensemble. Je tiens ici à la remercier pour son aide pour nos séjours à la Colonie. Son engagement, l'été comme monitrice infirmière, l'hiver cuisinière-infirmière, nous aidant aussi pour l'encadrement ski, nous a beaucoup
manqué à son départ, un peu avant sa retraite pour des questions de santé. Son autorité naturelle de mère de famille nous a tout particulièrement aidé pour nos pensionnaires les plus perturbés. Et par la suite quand j'ai eu des responsabilités publiques.
 
En ce qui me concerne mon partage avec mon groupe du P.F. et la Colonie était plus facile. En été les 4 éducateurs et assistantes sociales prenions pour trois les vacances à tour de rôle. A la colonie je prenais un groupe de huit enfants du P.F. qui ne pouvaient retourner dans leurs familles naturelles. Un mois les uns, un mois les autres et l'hiver pour les vacances de février qui très vite vont êtres organisées par zones de huit jours. Nous ferons un camp de ski ouvert aux externes, aux grands du Placement familial et aux enfants du
personnel qui à partir de 10 ans seront pris en charge par notre équipe éducative. Nous assurons, au début, seuls avec Idelette, ces camps, puis je demanderai à un éducateur du P.F. d'assurer à tour de rôle avec nous cet encadrement.
 
Début 1994 lors de l'Agrément du nouveau service SESSAD, inspirés de celui des Hautes Alpes et d'une association Parisienne, j'avais intégré dans le projet éducatif, en vue d'observation, un séjour en été et au camp de ski pour certains enfants de ce nouveau service. L'administration l'avait accepté. Contre mon avis mon successeur a supprimé cette disposition. Il semblerait qu'à ce jour des enfants du SESSAD, en vue de leur transfert au
centre, passe leur premier contact à la colonie un séjour en été.
 
Je tiens à dire toute l'importance que j'attachais à recevoir une dizaine d'enfants du P.F. Les plus de douze ans pour le camp de ski. Ce mois d'été (puis réduit à trois séjours de trois semaines) Cette semaine de ski nous permettait une observation des enfants en dehors de leur famille d'accueil. Quelque fois quand notre équipe avait une interrogation sur le Placement. Un agrément officiel, voir un diplôme spécialisé ne constituent pas forcément une réussite sur le plan de la réadaptation.
 
J'ai beaucoup aimé ces camps de ski. Pour les enfants du personnel je n'ai jamais rencontré de vrais problèmes avec les enfants du P.F. Les uns et les autres qui revenaient, quelques fois plusieurs années de suite, étaient heureux de se retrouver. Plus tard les plus grands devenus bons skieurs prenaient en charge 3 à 4 plus jeunes déjà en perfectionnement. Généralement je gardais les débutants et Samy, depuis qu'il nous avait rejoint en permanent, supervisait l'ensemble de notre camp de ski sur les pistes avec groupe par groupe une heure de perfectionnement. Les plus grands pique-niquaient sur les pistes (plus de 12 ans). Pour les enfants du personnel qui encadraient par demi-journée un groupe, voire la journée, je ne faisais pas payer la participation au repas de leurs enfants. Le comité d'entreprise prenait en charge une partie du renouvellement des chaussures et skis, les forfaits et le salaire de Samy pris également par nos trois autres locataires de Noël et des deux autres zones de vacances de février. Les parents participaient à la pension limentaire.
 
Pour finir avec nos années de classes de neige et camps de ski, je dois dire que depuis 1964 nous avons progressivement amélioré notre matériel et les conditions de camps. Les deux premières années nous avons skié autour de la Colonie, puis à Fontgillarde, 3 ans avec un petit remonte-pente dont nous avons payé notre part faisant partie de l'association créée par les habitants du village deFontgillarde.
 
Année après année nous avons amélioré notre accueil hivernal pour les classes, 3 de douze à quinze jours avant le camp de ski d'une semaine placée avant ou après nos locataires de la commune de Malakoff et deux foyers Marseillais. Les vacances de février étant généralement fixées en trois zones du quinze février à la première semaine de mars.
 
Chaque année Mireille (avec Achoura) montera en dernier et restera avec sa classe, huit a dix élèves, jusqu'à trois semaines avant les vacances de Pâques Elle inaugurera la classe verte pour les plus jeunes au printemps les 15 dernier jours de mai. A son changement de service, Michèle prendra le relais avec Samy pour les CM1 et CM2. Vers 1978-79.
 
En accord avec Mamie et Atie, nous avons engagé pour le Coin à temps partiel, environ trois quarts de temps, Madame Martin-Mista pour nous aider au ménage et à la cuisine, recevoir les hommes de Beauvallon qui venaient une dizaine de jours faire des travaux en juin. Travailler avec nos locataires et faire les gros ménages les inter-saisons qui au début de la colonie étaient assurés par Alice avec quelques employées de maison de Beauvallon.
Pour conclure ce chapitre, je voudrai insister sur le bien que tous les enfants ont trouvé dans ces séjours au Coin. En hiver se retrouver en petits groupes avec la classe le matin, le sport les après midi. Le ski est une discipline qui demande une concentration qui fait jouer tous les muscles. La réflexion joue beaucoup et chaque progrès est une victoire sur soi-même. Le partage de la journée ainsi organisée se sentait visiblement pour les enfants qui le deuxième trimestre faisaient de réels progrès sur le plan scolaire.
 
Nous avons, quelques années plus tard, fait découvrir, une matinée par séjour le ski de fond dont les débuts ont commencé dans le Queyras après les Jeux olympiques d'hiver de Grenoble en 1968. Marie-Mad m'avait fait louer une télévision pour suivre certaines épreuves. Heureusement retransmises en soirées. Pour ma part je tenais à faire découvrir cette autre pratique du ski à nos enfants qui bien entendu préféraient le ski de piste avec leurs remontées mécaniques. Nous avons déploré quelques jambes cassées, surtout au début des nouvelles fixations très rigides qui vont heureusement disposer de sécurités
libérant le ski du pied en cas de chute un peu violente.
 
Je tenais, et après mon départ, avec Samy que les enfants descendent à la station en chaussures de neige et remontent à pied après le ski. Nous avions en location une cabane de skis et souliers au pied des pistes. Le véhicule tout terrain que j'avais acheté pour le ravitaillement des camps d'été, servant seulement en hiver pour remonter les skis et souliers à la fin de chaque séjour. Les éventuels blessés et les plus jeunes du camp de ski venaient
manger à la colonie à midi la journée au ski étant longue pour eux.

Cinq ans après mon départ à la retraite j'ai par plaisir continué à enseigner le ski aux enfants de l'école. Avec Samy nous avons construit une nouvelle cabane de moins de 20 rn2 sur la ruine d'un cabanon au pied des pistes de 10 m2. Le Préfet qui supervisait nos constructions dans les zones à risques avait cassé mon autorisation de construire ce petit local de Pierre-Grosse pourrisques d'avalanche tricentenaire sur le village dont les fustes au-dessus avaient été emportées et pour les crues de juin et juillet à la fonte des neiges. L'ancienne cabane n'avait pas été touchée par les inondations de 1957 et 1978. De plus ce
petit local bien pratique ne servait qu'en hiver. Avec l'évolution, les enfants descendent à ce jour en minibus à la station et pour des séjours à mon sens trop courts.
 
Pour l'encadrement ski, je fais passer à Samy et Henri la même formation que moi : Initiateur ski, premier degré du diplôme national de moniteur de ski. Il m'arrive aussi de faire appel à l'école de ski selon le moniteur qui s'intéresse à nos jeunes plus difficiles que leurs élèves des classes dites normales.
 
En été, pour rester sur les activités la journée se déroule après le lever petit déjeuner et ménage par groupe, filles, grands, moyens et petits garçons partent avec leur moniteur en activités dans le bois, au bord de la rivière ou en promenade au-dessus de la colonie. Mais attention éviter de fouler les prés de fauche. A la fin du repas de midi je prends les inscriptions pour les travaux manuels que chaque moniteur propose de 16 heures 30 à 18 heures 30. Nous préparons nos journées à la réunion des adultes après le coucher des enfants 20 heure 45 à 21 heures pour les plus grands.
 
Après le repas de midi et une petite récréation, tous les enfants font sur leurs lits une cure entre 14 heures et 16 heures avec des livres et bandes dessinées empruntés à la bibliothèque. Certain, surtout les plus petits dorment. Au lever, vers 16 heures, les enfants rejoignent les activités choisies où chaque animateur a préparé pour son groupe le goûter. Selon le nombre, deux moniteurs encadrent l'activité. Pour moi qui suis sensé être libre pendant cet horaire  je prends trois ou quatre enfants pour des travaux de menuiserie. C'est ainsi qu'en 1973 nous avons construit le nouveau local du téléphérique qui devait remplacer l'ancien qu'il fallait déplacer pour le nouveau lotissement. Il était prévu un petit local en tôles que je ne voulais pas en contrebas de la colonie. J'ai proposé au lotisseur de l'exécuter en bois de mélèze, à condition que me soit fourni le bois. Le socle a été réalisé en béton par l'entreprise et avec les enfants durant les deux mois de l'été 1973 nous avons réalisé ce petit chalet que nous avons inauguré en gravant "Les enfants de Beauvallon 1973".
 
Comme il nous restera un peu de bardeau de bois, nous recouvrirons le toit en tôles de la laiterie qui restera à sa place face à l'ouest de la colonie. Nous construirons aussi deux bancs sur le terre-plein entre la rue du Coin et le passage du nouveau lotissement.
 
Les enfants profitaient une ou deux fois par semaine en pique-nique d'une journée de ballade en montagne ou au bord de la rivière. Très vite avec les plus grands, levés à 5 heures du matin, je gravissais les sommets proches du Grand Queyras et du Pain de Sucre, 4 et 5 heures d'approche et d'escalade. Puis nous ferons des camps volants dans le Queyras et sur l'Italie toute proche en dormant dans des granges ou gîtes. En 1969 je ferais le stage d'accompagnateur en moyenne montagne qui deviendra diplôme d'Etat en 1977.
 
Co-fondateur de cette association qualificative, je serai certifié de ce nouveau diplôme proche de guide de montagne, la différence étant la corde car nous ne pratiquions pas l'escalade.
 
La randonnée en montagne présente toujours un risque du fait des changements de temps en altitude. Cols proches des trois milles mètres. Après avoir gravi avec des amis le plus haut sommet des Alpes du Sud, le Mont Viso 3 800 m., compte tenu des difficultés j'ai renoncé d'emmener nos enfants les plus solides de la colonie.
 
Je veux aussi parler de nos dimanches après-midi où nous organisions pour toute la colonie un grand jeu. J'en cite quelques-uns qui étaient les plus appréciés :
 
Le traditionnel gendarmes et voleurs. 4 brigades de 5 gendarmes et une bande de voleurs de 20 brigands avec un chef et 2 adjoints. Une prison pour les voleurs attrapés avec leurs trésors. A la fin de l'après-midi on se réunissait tous pour faire le bilan et déclarer l'équipe gagnante. Double points pour les adjoints arrêtés et pour le chef 10 points. La bataille entres les adversaires se réglait à la prise de foulard accroché à la ceinture. Les moniteurs-arbitres donnaient les résultats au repas du soir.
 
Le gymkhana. 5 équipes de huit : 2 grands (chefs de groupe), 2 filles, 2 moyens et 2 petits. 5 épreuves à chaque poste que fait passer 1 Moniteur. Première épreuve le lancer de 3 anneaux par concurrent. L'équipe réalisant le maximum de points est déclarée vainqueur. Deuxième épreuve : évaluation du poids d'une grosse pierre. Les gagnants au plus proche du poids. Troisième épreuve : le tir à l'arc sur une cible placée à 6 mètres, 3 mètre pour les plus petits. La cible comprend 4 zones de 5 points par zone du bord extérieur au centre. Là aussi le maximum de points est à gagner. Quatrième épreuve. Mémoriser en 20 secondes dix objets qui sont ensuite recouverts par une toile noire. Etablir la liste retenue. Cinquième épreuve au restaurant Blanc : évaluer la longueur d'une ligne tracée devant l'hôtel. 5 points pour le meilleur. Une glace d'une boule est offerte à ce poste.
 
Epreuve supplémentaire : à chaque poste le groupe devra se présenter en ordre parfait noté par le moniteur. Pour éviter l'embouteillage nous faisons partir chaque groupe d'un poste différent accompagné par le moniteur concerné.
 
Un nouveau moniteur organise le jeu des douaniers et contrebandiers. Ces derniers se munissent à la colonie des objets les plus divers et partent avant les douaniers se cacher dans la forêt proche de l'Italie pour faire réel. Ils devront passer dans le périmètre fixé les objets de leur contrebande qui vont d'une échelle, d'un petit traîneau, des habits spécifiques, une boite à outils, un simple carnet, un opinel, un message secret, au kilo de sucre ou le saucisson. Les contrebandiers peuvent êtres déshabillés pour la fouille, excepté les slips et le soutien-gorge pour les filles. Ces endroits ne doivent pas servir de cachette. Une minute après la fouille, le présumé coupable doit être relâché pour continuer sa route vers la ligne que les douaniers ne peuvent plus dépasser. Le bilan est fait en fin de jeux. La poursuite déborde quelques fois dans la rivière ou à la limite supérieure du périmètre. Certains sont très astucieux pour cacher leur contrebande. C'est d'ailleurs souvent ces derniers qui sont déclarés vainqueurs.
 
Le dernier jeu que je veux citer c'est celui que nous a apporté Georges dit "Robinson Crusoé". 8 équipes de 5 qui doivent passer la journée sur un point bien précis le long de l'Aigue Agnelle en bordure de la Forêt. Le plus remarquable est l'heure d'explication que donne Georges dans la salle à manger de dix à onze heures. Cela dans un silence complet tant ses explications sont captivantes. Nous avons désigné huit plus grands, 13 à 14 ans. Pour les garçons nous ne prenons pas les plus grands à la colonie. Les filles jusqu'à 12
ans au début. chacun des huit chefs d'équipe se choisi 4 colons. Alors voilà explique Georges, vous aller vous rendre à votre lieu que je vais vous indiquer sur la carte, chacun de vos groupes étant distancé de 500 mètres donc isolé comme sur l'île de Robinson.
 
Devant lui sur deux tables il a rangé huit paquetages et il explique en énumérant chaque objet : 1 sac à dos à porter par le chef d'équipe pour y mettre l'anorak de chacun des cinq participants en cas où le temps deviendrait mauvais, 5 gobelets en plastique, 1 seul petit opinel à bague, une petite gamelle pouvant contenir environ deux litres d'eau, un grattoir avec trois allumettes, pas une de plus par équipe, pour allumer le feu qu'il faudra préparer avec soin dans un foyer réalisé en pierres, 5 pommes de terre crues à cuire dans la braise qui servira aussi à rôtir cinq saucisses, une pomme pour chacun, 1 petit cornet de sel à ne pas gaspiller, 2 sachets de tilleul avec une dizaine de morceaux de sucre, une trousse minimale de premiers secours.
 
Avec les écorces de mélèze restant des coupes de bois et les cailloux de la rivière, nous proposer par équipe une petite réalisation artistique. J'oubliais les 5 œufs crus qu'il faudra porter jusqu'au camp sans les casser et les faire cuire pour pouvoir les manger durs.
 
Georges et moi-même étant inspecteurs de 4 des 8 équipes. Georges n'étant à la colonie qu'au mois de juillet et après son départ de Beauvallon nous n'avons que peu renoué avec ce jeu que lui seul savait si bien présenter.
 
Le plus souvent, les enfants réussissaient avec leurs trois allumettes, quelquefois une seule, à réaliser des festins. Au bon moment nous même étions invités à boire la tisane. Et les petites constructions, voire moulins à eau, nous ravissaient. Très peu manquaient leur repas condamnés à manger froid. Nous faisions des photos de ces camps qui selon la règle étaient rendu plus propres qu'à l'arrivée.
 
Je reviens aux grands de plus de 14 ans pour les garçons et 12 ans pour les filles qui sauf exceptions, participaient un mois à des camps d'adolescents. En Savoie pour les filles. Au bord de la mer pour les garçons. Plus tard, ces derniers participaient à un camp de marche avec Michou dans le massif central. Henri et Yani ont pris la suite en camps de vélos de nombreuses années. L'un d'eux suivait avec un mini-car pour porter les tentes, la
nourriture, le matériel de réparation et éventuellement les enfants trop fatigués. D'abord proche de la Drôme et des Hautes Alpes, ils ont étendu leur circuit au sud de la France. Puis en Corse et en Hollande pays d'origine d'Henri. Bien entendu pour ces derniers camps, l'approche se faisait en train et bateau.
 
Le plus difficile était d'obtenir l'autorisation de la tutelle pour ces déplacements de trois semaines avec une douzaine d'adolescents qui officiellement restaient sous l'autorité de la colonie. Certains à la fin du camp passaient leur dernière semaine avec nous au Coin.
 
Après trois années de fonctionnement de la colonie, je pensais à organiser autour du lac de Serre-Ponçon un camp de natation d'une semaine pour une dizaine d'enfants sachant nager et participant aux 2 mois de la colonie. Justement la Maison de Gaudissard qui assurait l'hiver le ski de fond, possédait un bateau-école à voiles à la baie St-Michel avec un petit espace réservé pour la baignade.
 
L'E.D.F. propriétaire du lac autorisait la pratique des bateaux à moteur, à voiles et à rames. Par contre ne voulait pas prendre la responsabilité des bains. Nous avons néanmoins campé plusieurs années de suite à proximité de ce stage en caravelle.
 
Avec Idelette à la colonie, je pouvais sans craintes encadrer ces stages d'une semaine. Plus tard, par mesure de sécurité, nous nous installerons au plan d'eau d'Embrun dans un camping appartenant à une école de voiles qui nous assurera les cours le matin. L'après-midi nous allions nager avec les enfants sur la partie de ce plan d'eau de la commune surveillée par des maîtres nageurs.
 
Samy depuis son installation en permanence à la colonie me remplacera à ces stages jusqu'à son départ de la colonie en juin 2003. Par la suite cette activité a été interrompue.
Je disais qu'il nous arrivait exceptionnellement de prendre une de nos grandes filles pour nous aider à la cuisine ou pour les plus petits. L'une d'elle, en dépression, de retour de sa famille et qui aimait peindre, nous a réalisé cette belle fresque dans le dortoir des filles sur ce mur d'origine très granuleux. Un ancien élève peintre nous a également fait ce beau tableau sur l'une de nos arcades de la salle à manger.
 
Par principe, je ne souhaitais pas avoir à la colonie des adolescents de plus de 15 ans, considérant qu'à cet âge un mois de stage en entreprise, voir de travail avant leurs vacances était bénéfique pour l'approche à la vie active. A Molines j'ai commencé à placer des jeunes dans les hôtels, restaurants et artisans en 1964. L'idée a débuté par la fatigue d'un de nos élèves en vacances dans sa famille. Il est arrivé un beau jour à la colonie me disant ne plus supporter le climat familial. J'ai commencé par lui dire que nous allions ensemble téléphoner à ses parents pour les rassurer. Sa maman dépassée par l'attitude de son fils m'a demandé de le garder à la colonie. Je ne tenais pas à garder un grand pour suivre les activités des plus jeunes. Je lui ai proposé d'essayer de trouver un travail proche de nous.
 
Il était d'accord, mais connaissant son caractère vif, je me demandais qui l'accepterait. Ma première demande à été la bonne. Notre hôtelier, Monsieur Blanc, cherchait justement un jeune plongeur pour l'été.
 
L'affaire a été conclue. Je ne me faisais pas trop d'illusions, persuadé de revoir mon jeune dans quelques jours. Une semaine après, je me rends sur place pour voir comment se passait cette expérience, surtout à la plonge qui n'est pas un travail bien valorisant pour un jeune adolescent qui plus tard fera de longues études. Surprise, non seulement il organise son travail avec efficacité, mais fait le bonheur des patrons en participant aux animations et ballades des clients. Il reviendra dans cette famille quelques saisons pour la plonge et trouvera par la suite, même après son départ d'autres emplois temporaires.
 
Depuis qu'il est professionnel, il vient régulièrement en vacances à Molines. D'autres grands garçons et quelques-unes de nos grandes filles ont ainsi, chaque année, travaillé un mois, heureux de toucher une rémunération que je gérais avec eux. A cette époque nous avions plus de liberté pour organiser les vacances de nos élèves, bien sûr avec l'accord des parents et des services sociaux qui avaient en charges certains de nos mineurs. Nous avions pris une assurance responsabilité pour ces stages. De plus après 16 ans, je demandais aux employeurs de les inscrire à la sécurité sociale.
 
Pour tracer un nouveau sentier j'ai pour la colonie engagé un de nos grands de 16 ans qui en un mois a pu réaliser ce travail bien utile pour Madame Martin qui venait tous les matins et repartait le soir à Fontgillarde. Surtout pour nos groupes d'enfants qui empruntaient cette voie pour aller à la rivière et aux terrains de jeux dans la forêt et terrain de foot.
 
Certains de nos élèves devenus adultes se sont fixé dans le Queyras et dans les Hautes Alpes. Cette expérience de la vie active avec son environnement a contribué pour beaucoup à leur réadaptation.
 
Le climat du Queyras, la vie communautaire plus familiale (36-40 colons en été) avec des jeunes animateurs motivés par leur cursus d'études ont contribué à cette réadaptation que nous ne cernions pas toujours. Je pense à ce garçon de douze ans du Placement familial, considéré comme très renfermé par ses éducateurs et le service médico-psychologique, que je retrouve seul sur le bord de la route à quelques cent mètres de la colonie. A ma question "que fais-tu là ?" sa réponse : "Michel que c'est beau cette montagne, je me plais
ici". Plus tard, adulte, il sera éducateur.
 
Les classes de neige ont pour tous été une joie, mais aussi une parenthèse dans le trimestre scolaire qui a fait progresser plus d'un. Nous retrouvions ici une approche des principes de l'Ecole active de Ferrière et de Freinet : école le matin, activités pleines air et découvertes l'après-midi.
 
Je veux raconter ici une aventure qui nous est arrivée en juillet 1968 après les événements de mai 68. Le 15 juin j'étais content de quitter Dieulefit car en qualité de Président des Parents d'élèves du collège et des écoles primaires, je m'étais trouvé Président de quelques manifestations publiques. Deux petits membres locaux du S.A.C. m'avaient aimablement convoqué pour m'expliquer qu'en ma qualité d'étranger (depuis dix ans en France ) je devais renoncer à participer à ces manifestations. Les affaires se sont calmées bien heureusement, mais j'étais soulagé de m'éloigner de Dieulefit. Par la suite à l'automne j'ai reçu une notification de la Préfecture de la Drôme me demandant de démissionner de mes fonctions publiques, Président des Parents d'élèves, du Conseil d'Administration du ski club dont j'étais membre fondateur et de l'U.F.O.L.E.P. Ma nationalité Suisse pouvait donner un caractère étranger aux associations dont j'étais un membre du bureau.
 
Plus tard, en 1977, élu au Conseil municipal de Molines-en- Queyras, mon élection sera contestée au tribunal administratif. J'avais, un an avant, fait une demande de naturalisation par ma femme française, donc automatique, sous réserve du Ministre du Travail qui avait un an pour contester ma demande. De fait l'administration avait transmis mon dossier par la voie d'une demande de naturalisation normale et plus tard demandé au tribunal de grande instance de Montélimar la filiation de mon épouse qui était née au Gabon Français à l'époque donc de nationalité française qui pour beaucoup a été perdueà l'indépendance des territoires d'outre mer. Il fallait prouver sa filiation française. Cette administration complexe a fait du tort à plus d'un. Pour nous cela s'est arrangé et pour nos enfants déjà déclarés au Consulat français de Lausanne avant notre arrivée en France en 1959. Pour ma famille cela s'est arrangé. Pour moi finalement naturalisé par décret en juillet 1977, vu la complexité de mon dossier le Tribunal administratif de Marseille a rejeté la demande d'annulation de mon élection. J'ai probablement été le premier étranger à avoir siégé 4 mois dans un conseil municipal d'une de nos communes. Cela ne m'a pas empêché d'être réélu quatre mandats dont trois en qualité de Maire.
 
Autre aventure plus ancienne, début juillet 1968, alors que nous venons d'accueillir les enfants au Coin, Mamie me téléphone pour me dire qu'elle vient de m'envoyer un jeune étudiant Argentin qui est recherche pour être expulsé car il a manifesté devant le Consulat de son pays contre les exactions de son gouvernement. Après mes aventures de mai, je ne suis pas très rassuré. Le comble alors que j'attends un téléphone de la Gare pour le chercher, je me fais arrêter à Pierre-Grosse par deux gendarmes que je connais qui encadrent un jeune homme très souriant qui cherche notre colonie. Je remercie les représentants de l'ordre et prends en charge mon stagiaire qui visiblement n'était pas stressé par son aventure. Il avait fait du stop et à Château-Queyras nos gendarmes étaient serviables et ne voulait pas laisser ce jeune sur le bord de la route, alors que nous l'attendions pour nous aider.
 
L'histoire en serait restée là, surtout que je lui avais demandé d'être très discret pendant les deux mois de colonie, mais voilà qu'un de nos garçons particulièrement énervé voulant atteindre un camarade avec une pierre, lequel s'est baissé et c'est Julian, notre argentin qui l'a reçue sur la tempe ; après un bref évanouissement et consultation de notre docteur, par sécurité nous avons dû l'envoyer en ambulance à l'hôpital de Gap. Je craignais une enquête, mais heureusement le lendemain Julian a pu revenir après avoir signé une décharge et payé l'hospitalisation. Nous aimions bien tous ce jeune étudiant qui voulait
devenir metteur en scène dans son pays. Il est resté trois mois avec nous, mais le mal du pays et le désir de revoir sa famille a été le plus fort. Il devait nous écrire d'Argentine, nous n'avons plus jamais eu de ses nouvelles.
 
J'arrête là ce chapitre pour retourner aux travaux de la colonie.
 
 
 
Chapitre 4. Suites des travaux et événements particuliers de 1964 à 1994.

A la fin de ces deux premiers mois de colonie où Idelette et moi avons assuré la responsabilité des séjours avec Marie à la cuisine, ses trois enfants. 2 fillettes dans sa chambre. Nous même nous nous sommes installé dans la plus grande chambre du sud avec nos deux plus jeunes, Thierry 5 ans, Catherine 3 ans. Pour eux nous avons engagé l'une de nos grandes élèves déjà douées pour les enfants. Son aide nous sera très précieuse. En particulier pour notre fille qui nous avait fait bien du souci en début juillet 1963.

De fait, à 2 ans, elle s'était prise d'amitié pour Claudine, fille de Simone, qui travaillait avec nous en qualité d'aide monitrice. Notre fille voulait toujours la suivre pour les activités avec les plus jeunes. Suivant la promenade ce n'était pas possible. Un matin alors que Claudine était partie avec son groupe dans le bois des Amoureux du côté de Saint-Véran, elle avait bien dit à notre Catherine qu'elle devait rester avec sa maman et notre aide. Du haut de ses deux ans notre fille a réussit à tromper notre vigilance pour rattraper Claudine et son groupe qui forcément avait pris de l'avance. Quand Idelette s'est aperçu de sa disparition, nous avons cherché partout dans le village, surtout au bord du ravin pas loin.

L'incident s'est terminé par une grosse peur. Notre plombier qui arrivait de Pierre-Grosse avec sa camionnette, nous a demandé si nous n'avions pas une petite fille que des agriculteurs, travaillant à leur pré, avaient trouvée en  pleurs sur la route. Je suis immédiatement descendu avec ma voiture chercher ma fille très à l'aise auprès de ces fermiers que j'ai beaucoup remercié. Monsieur Berge deviendra notre Maire et un ami plus tard. Cela est une autre histoire. Pour l'heure, ma fille me dit qu'elle voulait rejoindre Claudine. 800 mètres sur la route, ce n'était pas rien pour ses petites jambes. Mais elle était ravie de rencontrer cette famille d'agriculteurs. C'est sa maman qu'il a fallu consoler, l'émotion était trop forte.

Retour à la fin Août. Avec les maçons nous avons dessiné l'emplacement de la salle de douche et des 2 W.C. du second. De mon côté, je commandais les portes des W.C. et à double battants pour l'entrée de l'ensemble de ce sanitaire. J'avais prévu le radiateur sous une fenêtre que vont faire les maçons avec le sol en béton lissé et les murs qui entourerons la salle, y compris du côté de la chambre des moniteurs qui restera en bois. Pour poser plus  tard par nos propres ouvriers des carreaux de faïence il était important de réaliser des parois bien lisses. Notre plombier posera les sanitaires et les deux lavabos collectifs qui seront fixés sur trois piliers contre une paroi à mi-hauteur qui masque un peu les trois douches collectives.

Cette nouvelle pièce borde l'escalier et diminue le dortoir des grands qui sont moins nombreux en été et qui en hiver vont loger dans le dortoir des moyens. Leur chambre servant maintenant, pour les classes de neige agrées par l'Education Nationale.

Ces travaux seront réalisés fin septembre, début octobre. Car nous louons les deux premières semaines de septembre 1964 à des cadres éclaireurs en stage. Leur foyer de Saint-Véran étant trop petit. A l'époque j'avais demandé mille francs que Mamie trouvait trop élevé. Je pensais déjà pour ma part que nous devions trouver des locataires en septembre, à Noël et Pâques. Plus tard aux vacances de février qui vont se généraliser en trois zones. Cinq, sept, puis 15 jours. Les zones se chevauchant sur trois semaines.

Je dois préciser qu'au printemps de cette année j'avais acheté à Mamie et Atie 2000 m² de terrain à Dieulefit au bout de la propriété de la Merlette pour construire mon H.L.M. Petite maison réalisable à l'époque avec un emprunt de la Caisse des Dépôts à taux bonifiés et possibilité de bénéficier, à l'époque, d'une petite subvention sur le 1% à la construction, payée par l'employeur. Deux conditions : surface totale de la maison limitée, calculée par le nombre d'enfants à charge et limitée à un coût total déjà loin de la réalité du prix des constructions en cours. Malgré un emprunt complémentaire nous étions loin du compte, je devais donc réaliser moi-même la pose des menuiseries préfabriquées, la toiture et les plafonds en frisette avec par dessus, une bonne isolation en laine de verre.

J'avais négocié avec Simone, responsable de nos emplois du temps à l'école, une semaine de plus de mon mois de vacances en septembre pour réaliser le gros œuvre de notre maison qui était au nom d'Idelette, car elle était, avec nos enfants, française et qu'en qualité de suisse avec permis de séjour et de travail, encore renouvelables chaque année, je ne pouvais bénéficier de ces avantages.

Je dois dire que jusqu'à ma nomination officielle de directeur intérimaire en période de la colonie où je n'avais plus de raisons de compter les heures de mon travail à la colonie, les discussions sur mon emploi du temps étaient un peu rude avec Simone que je respectais pour ses qualités pédagogique et artistique. Elle était vraiment notre guide sur ces domaines. Je dois préciser que responsable de la Colonie, donc de sa sécurité, je ne prenais aucun congé pendant les deux mois d'été et les semaines de classes de neige.

J'avais été sensibilisé en Suisse à l'incendie d'une pension d'enfants avec plusieurs morts. Cela en montagne, loin des services de secours.

De plus en 1964 un moniteur est venu nous réveiller pour un incendie d'une ferme de Fontgillarde. Village qui par deux fois, avait été par le passé brûlé à moitié, sans moyens de protection d'incendie. Il y avait bien quelques bornes  d'incendie et des tuyaux anciens, percés, en attente des pompiers du chef lieu du canton à 23 km. Le matériel existant sur place devait être alimentée par une pompe branchée sur la rivière. Avec les hommes du village qui avaient aidé le propriétaire à évacuer les enfants et les animaux, dans l'attente d'eau nous limitions les flammes avec des perches pour que le feu ne s'étende pas aux
maisons voisines.

Depuis, levé de bonne heure, et avant de me coucher, chaque jour je faisais le tour du Coin. Même, quand au fil des années, nous avions des moyens de premiers secours mis en place dans chacun de nos villages. A Beauvallon même j'avais constaté l'efficacité de la vigilance qui nous a évité des accidents suite à des débuts d'incendie.

Deuxième quinzaine de septembre, les travaux reprennent avec les maçons. Les frères Sibille, qui travailleront avec nous jusqu'en 1993, pour des travaux qui s'étaleront presque annuellement et que je vais détailler.Pour eux, cet automne ils réaliseront la salle d'eau du second. Les menuisiers, Messieurs Roux, la fenêtre de cette nouvelle pièce. Surtout la couverture du toit. L'aîné a refusé de reconstituer l'avancée du toit sur les pannes encore en place, expliquant que cette avancée avait par le passé été arrachée par deux fois lors des tourmentes hivernales. Il n'y a pas à discuter sur ce point. Je le regrette pour le grand balcon en dessous, qui par les intempéries successives, est trop dangereux pour l'utiliser.

Le mardi de ma première semaine de travail je monte au Coin pour voir le travail déjà réalisé, commander en passant à Guillestre les lames de plancher en bois de sapins bouvetés de 27 mm. d'épaisseur pour faire le plancher au-dessus du deuxième étage. A Ville-Vieille je fais préparer à la scierie les pannes qui me seront livrées au Coin (20 x 10 cm.).

Les maçons ont terminé. Monsieur Jouve, notre plombier, est comme d'habitude en retard sur son programme. Pour gagner du temps je fais les deux trous dans les planchers pour passer ses tuyaux d'eau et de vidange. Les menuisiers-charpentiers, Messieurs Roux, ont presque terminé la nouvelle couverture du toit. Reste à poser les renforts de la charpente. Je m'inquiète un peu pour le poids. Les hommes de l'art me rassurent ; le nécessaire
sera fait pour mon prochain passage.

Il faut que j'organise début novembre un dimanche de congé pour monter avec ma voiture une équipe que notre Alice va accompagner. Son mari et deux de ses amis sont d'accord. De mon côté la dernière semaine d'août avec 2 de nos grands de la colonie j'ai ouvert un des coffres à grain, puis dessiné sur les deux parois intérieurs, de gauche et de droite, l'emplacement de l'escalier de mélèze dont les marches aboutiront à 16 cm. du niveau supérieur. Les montants et les marches auront 32 mm. d'épaisseur. Le passage 80 cm. Les montants de l'escalier qui va s'intégrer dans le coffre à grain s'appuiera sur le plancher pour aboutir sur une poutre maîtresse qui traverse le bâtiment. Comme les futures solives seront fixées sur cette poutre tous le 50 cm, je dois prévoir  une longueur de ces montants suffisante et prévoir une enchevêtrure au niveau des solives. Avec les jeunes, je dessine sur ma planche à dessin technique, l'escalier, à l'échelle. Nous établissons la liste des matériaux nécessaires pour l'exécution. Je joindrai à ma commande de mélèze chez le scieur, le bois nécessaire pour cet escalier et ferai exécuter par notre serrurier de Dieulefit deux tiges de serrage en fer.

Mon premier dimanche de congé début novembre (à l'époque nous travaillons un week-end sur deux), nous partons avec ma voiture vers quatre heures du matin de Dieulefit avec Alice qui va nous faire le repas de midi et quelques nettoyages à la colonie, son mari et ses deux amis. Dans le coffre les outils et les clous à têtes perdues pour le plancher et des plus gros de huit cm. pour fixer les solives que le scieur a déchargées dans le grenier. Les paquets de bois bouvetés de 10 cm. de large ont été également livrés de Guillestre.

Arrivé vers 8 heures trente, après un petit déjeuné rapidement servi par Alice, nous nous mettons au travail. A quatre, nous plaçons, en continuité des solives déjà posées avec les jeunes l'année précédente, les nouvelles solives d'une longueur de quatre mètres. Elles seront fixées à la suite en bout sur 15 cm. posées sur les poutres de traverse existantes. A l'endroit prévu pour l'escalier je fais deux enchevêtrures.

Mes trois compagnons se mettent immédiatement à la pose du plancher. Le départ est délicat, il faut tenir compte du faux équerre du bâtiment et disposer les premières lames de bois en dégradé, 2 m., 1,50 m, 1m, 50 cm pour finir. Le premier rang posé, le travail avance rapidement. A midi quand Alice nous appelle pour le repas, deux tiers du plancher est posé. De mon côté j'ai préparé les montants de l'escalier en creusant l'emplacement des marches qui y seront encastrées, clouées et serrées avec mes deux tiges en fer, elles-mêmes encastrées dans les montants pour que l'escalier se fixe bien entre les parois du coffre à grain.

Après le repas que nous prenons joyeusement. Nos compagnons ont amené un peu de leur bon vin que nous buvons avec modération. Après un bon café, nous nous mettons immédiatement au travail. Première opération : placer l'escalier. Ma formation à l'Ecole des métiers de Lausanne ne m'a pas été inutile pour ce travail. Après une petite retouche, cet escalier assurera bien sa fonction plusieurs années.

Je peux maintenant me mettre au plancher, ainsi à quatre nous finissons le chantier vers quatre heures trente. Ce qui nous permet après la fermeture de la colonie et remise de la clef à Monsieur Berge qui est venu admirer notre travail, de prendre le chemin de retour de Dieulefit où nous arrivons vers 22 heures. Le lendemain lundi, nous sommes tous de nouveau au travail.

Je veux encore dire ici un grand merci à Alice, son mari et ses amis pour leur aide bénévole pour les enfants de Beauvallon, cela à plusieurs reprises les premières années de notre installation. Cet amical soutient, totalement désintéressé, reste à jamais inscrit dans notre mémoire.

Nous arrivons au deuxième hiver. A Noël pour la première fois nous recevons le foyer social de la ville de Malakoff pour un séjour d'une dizaine de jours avec une trentaine de jeunes qui vont faire un stage de ski sur les pistes de Molines. Dans un premier temps je ne voudrais pas renouveler l'expérience, non pas pour la colonie où les jeunes étaient bien encadrés, mais par l'attitude peu apprécié de l'encadrement vis à vis de la station. Nous étions les premiers à recevoir une collectivité politiquement très marquée à gauche et qui le faisait bien sentir. Le communautarisme n'était pas très apprécié dans les vallées du Queyras qui dans d'autres temps étaient certainement plus collectivistes par nécessité. Cela est une autre histoire.

Nous nous sommes arrangés l'année suivante, je dois dire avec une collègue assistante sociale au P.F. Josette. Depuis jusqu'à encore cette année 2007, soit durant 43 ans, Malakoff nous est resté fidèle locataire, d'abord aux vacances de Noël, puis en février pour la période réservée à la zone de Paris. Par deux fois la Commune de Malakoff nous a fait l'avance de 10 ans de loyer pour nous permettre de réaliser des travaux de conformité dont je parlerai au fil des années.

Comme je l'ai déjà expliqué, nous passons sans problèmes les quelques années suivantes les hivers en classes de neige. Nous négocierons par la suite les tarifs des remontées mécaniques qui grèvent notre budget sport.

Un autre problème se pose à nous c'est le déneigement. Il devient urgent que les services de l'équipement ouvrent la route municipale de Pierre-Grosse au Coin pour des questions de sécurité. Le transporteur de Pierre-Grosse a bien un chasse neige pour les rues de la commune, mais ne peut pas monter au Coin en cas de fortes chutes de neige et surtout de tourmentes qui laissent d'importantes masses de neige sur la voie qui disparaît selon les jours complètement à la vue.

Le Sous Préfet sollicité sur cette affaire me dit de m'arranger directement avec le responsable local, basé pour le canton, à Château-Queyras. Si nous ne pouvons pas trouver un terrain d'entente, en cas de route bloquée, le Sous Préfet me dit qu'il nous fera évacuer. Il n'en est pas question. Je rencontre le chef de l'équipement local qui me propose de monter après l'ouverture de la route départementale de Fontgillarde. Le problème pour lui est de nourrir ses trois employés. Pas de problèmes, Idelette nous propose de faire le repas de midi pour les employés. Cet arrangement durera plus de dix hivers, jusqu'à ce que la commune prenne en charge le déneigement fait par l'équipement.

Au printemps 1965, nous lançons un nouveau chantier avec les maçons : changer l'escalier du rez-de-chaussée au premier qui à l'origine était en bois, aux marches étroites, l'ensemble étant très raide. Le capitaine des pompiers lors d'une nouvelle visite m'avait demandé de changer les deux escaliers et par la suite faire une paroi coupe-feu avec une porte en bois au premier, en bois de forte résistance au feu, munie d'une fermeture automatique. Cette deuxième partie de travail avec l'escalier du second sera réalisée en 1966.
 
Pour ce premier escalier, afin d'obtenir une pente correcte, avec les maçons nous décidons de déplacer la porte de la cuisine, dont l'entrée était à côté du bureau. Pour cela il faut percer sous le palier du premier le mur de 40 cm. d'épaisseur, à côté des W.C. Je ferai boucher par une paroi de 6 cm. du côté du couloir, l'ancien passage et exécuterai dans l'espace disponible des étagères en continuité de petites armoires de rangements pour la vaisselle et le matériel de cuisine. Je prépare cet ensemble en atelier de menuiserie à Beauvallon que nous installerons début fin juin avec deux grands qui sont montés avec un de nos hommes avec notre premier mini-car 8 places dont on peut retirer deux sièges pour porter du matériel. Ils prennent au passage à Guillestre une porte préfabriquée que j'ai commandée et nous montent aussi deux anciennes tables de la cuisine de Beauvallon, assez grandes recouvertes d'une fine plaque de tôle bien lisse avec tiroirs pour les couverts de cuisine.

Pour la petite histoire je viens de passer pour Beauvallon le permis de poids lourd et de transport en commun en vue d'acheter un véhicule plus grand pour le transport de plus de huit enfants. De mon époque nous ne le ferons pas, mon permis ne m'a servi que pour quelques transports avec quelques petits pouvant compter demi-places.

Comme je l'ai déjà dit nous monterons chaque année dix à quinze jours fin juin avec Idelette et nos deux plus jeunes enfants. Jean-Daniel, 16 ans qui est encore à l'internat et Samy 12 ans qui va maintenant en classe à Dieulefit et loge cette fin d'année chez des amis, monterons avec la colonie le premier juillet. Jean-Daniel travaillera chez notre épicier de Molines et Samy retourne pour l'été chez nos voisins agriculteurs, les Martin-Mista.

Avec les deux jeunes de Beauvallon nous montons les étagères de la cuisine, avec la porte pour la grande armoire bien pratique dans le renfoncement de l'ancienne porte, et les petites étagères en hauteur dont les petites portes seront fabriquées avec un cadre recouvert de frisette vernie. L'ensemble jusqu'à la nouvelle porte de la cuisine au-dessus d'une des tables de travail.

Avec Monsieur Jouve nous avons installé aussi la nouvelle cuisinière collective que Atie a commandé à Gap lors de notre dernier passage fin avril.

De plus, dans la deuxième pièce, Monsieur Jouve nous installe un nouveau chauffe-eau plus grand au gaz. Cela est indispensable avec nos nouveaux équipements.

Dans la même pièce il installe un petit bac à eau qui va aussi servir à notre ancienne éplucheuse de pommes de terre de Beauvallon, changée pour la cuisine de l'école, mais qui fera encore notre affaire une dizaine d'année.

Au-dessus du nouveau fourneau encore très modeste nous avons installé un petit conduit pour l'évacuation des vapeurs qui rejoint l'ancienne cheminée de cette chambre qui servait de fumoir et qui sort sur le toit. Le Capitaine des pompiers lors d'une nouvelle visite me demandera d'installer un extracteur de fumées à l'entrée de cette cheminée, par ailleurs de bonnes dimensions. Excepté le fourneau que nous avons changé, car trop petit, lors des importants travaux de mise en conformité de la cuisine de l'école à Dieulefit, où  nous avons repris le fourneau de l'ancienne cuisine qui avait été récemment changé et qui ne correspondait pas à notre nouvelle cuisine. Excepté l'ajout d'une friteuse et d'un mixer de grande contenance, cette cuisine restera jusqu'en 1990 sans grand changement.

Je reviens à l'escalier, les frères Sibille ont terminé les marches avec un support en béton armé. Sur le dessus de chaque marche ils ont noyé dans le ciment frais, à ma demande, des tasseaux de bois pour que je puisse fixer des planches de mélèze de trois cm. d'épaisseur en accord avec les services de la sécurité. Le scieur de Ville-Vieille va préparer le bois que je vais chercher avec ma voiture et un de mes jeunes aides qui m'aidera à les visser sur les tasseaux. La hauteur totale des marches fait réglementairement 16 cm. Nous ajoutons le long de ces dix huit marches une jolie barrière de mélèze raboté.

Le plus grand des jeunes partira dans sa famille fin juin, le plus jeune, 15 ans et demi, restera avec nous pour m'aider à certains travaux et comme aide-moniteur pour certaines activités, ses vacances en famille étant prévues en août.

En juillet et août j'organise plusieurs camps volants de deux et trois jours en Italie et dans l'Ubaye, vallée du département voisin. Une fois le Grand Queyras et le Pain de Sucre. Ce ne sera qu'en 1972 que je ferais le stage de formation d'Accompagnateur en Moyenne Montagne où j'obtiendrai le certificat d'aptitude d'état. Profession officialisée par un arrêté ministériel en juillet 1977. J'ai été titularisé compte tenu de mes activités à la colonie en été de 1972 à 1977.

En automne 1965 je fais monter le père de Rosita qui est cuisinière à Beauvallon. Mamie a engagé Monsieur François pour des travaux de maçonnerie à l'école, il nous réalisera entre autres à l'école les murs du Dojo qui constituent encore les côtés de la grande salle actuelle polyvalente dont le toit a été posé par Messieurs Gougne et Tavan. Monsieur François viendra seul faire à la colonie chaque printemps, quelque fois en septembre. Environ une semaine, nourri par Madame Martin, pour des petits travaux complémentaires de maçonnerie et de peinture. Cet homme nous quittera, comme notre plus anciens employé, Monsieur Magnet après une longue maladie.

J'ouvre ici une parenthèse sur les travaux réaliser à la Colonie et surtout à l'école entre autre sur la menuiserie que nous avons et la poterie que nous avons construit ensemble avec la participation des grands élèves. La salle qui va être une réalisation collective de toute l'école avec une prolongation sur le fond pour la scène de spectacles et dont je réaliserai le plancher en parquet de chêne avec les grands de l'école que je fais lever, deux par deux, à 6 heures du matin, pour ce travail réalisé en quelques heures du matin avant le petit déjeuner.

Sous la direction de Monsieur Gougne, nous avons réalisé avec toute l'école, la fête du béton pour le plancher de la salle équipée aussi pour le sport en salle. Trois bétonneuses, une dizaine de brouettes avec pelles manuelles et un roulement de quatre vingt travailleurs de six à soixante ans viendront au bout de ce travail en une journée, dont la dalle sera recouverte de gerflex que nous donnera notre Président. Je parle ici de cette partie de l'école que l'Association a  racheté avec la colonie aux héritiers de la société civile et particulière de Beauvallon dont nous étions les locataires avec des contraintes d'entretien élevées. Déjà avec les enfants, nous avions participé à la réalisation du terrain de sport sur le devant de cette salle où nous accolerons de chaque côté deux préfabriqués donnés avec une subvention pour leur restauration par le Département, salles de classes de Dieulefit en attente de la nouvelle école primaire.

Le terrain de foot à une quinzaine de mètres sur le devant de la grande salle reconstruite encore une fois sur l'ancien dojo. De ce fait à cette époque nous n'avions pas besoin de permis modificatif de construire. Nos hommes avaient adjoint deux sanitaires de part et d'autre de la salle. Le terrain de foot pour minimes (60 sur 40 mètres avec en travers deux buts pour le hand).

A l'autre bout, toujours avec la participation des enfants qui avaient fait un concours de brouettes transportées pendant leur temps libre pour creuser la base d'une piste de patins à roulettes et rollers, en béton, à laquelle nous ajouterons deux panneaux de basket. L'idée de cette piste, comme je l'ai déjà dit, était de Atie qui de sa chambre admirait les enfants évoluer sur la terrasse des classes devenue trop petite du fait du développement de cette activité qui, avec les portes des classes vitrées, présentait un certain danger. Le coût de cette dalle, plus élevé que prévu, que nous enroberons de goudrons par la suite, était payée en partie par nos fondatrices propriétaires qui à leurs retraites, pour Mamie et Atie, avaient deux ans de retard sur le loyer modeste que l'Association devait annuellement.

A cette époque, chargé par le conseil d'administration de régler les problèmes de nos finances avec un déficit de 250 000 francs, un redressement fiscal de plus de 100 000 francs du fait que nos directrices bénéficiaient d'un avantage par ce loyer. Le Bail à l'époque nous obligeait de prendre la totalité des frais annexes, y compris les impôts qui après plusieurs échanges avec les inspecteurs de ce service, ont accepté de rayer ce redressement qui aurait été payé par le prix de journée sécurité sociale.

Je parle ici de l'Ecole même où Mamie a été Directrice générale jusqu'à quatre vingt ans. Atie jusqu'au même âge en Directrice administrative, sa dernière année à titre bénévole. Elle m'a même remis sur sa retraite une participation financière pour mettre en conformité l'installation de l'épuration de notre piscine exigée, à juste titre, par les services de la santé. Jusqu'à une année avant qu'elle ne nous quitte, régulièrement elle me demandait des nouvelles de la colonie. Je l'ai vue encore à l'hôpital à Lyon deux jours avant son décès avec toujours son merveilleux espoir pour son école.

Cet engagement a été le même pour la colonie. Pour combler le déficit de l'Ecole et des dettes antérieures de la société civile, nous avons emprunté sur cinq ans, partagé à cinquante pour-cent par la société et l'Association et avec le comptable, proposé les prix de journées que je suis allé négocier avec François à la D.D.A.S.S., prix, à l'époque, qui étaient nettement trop bas. Entre temps, Manuel a accepté de prendre la Présidence de notre Association.

Au décès de nos deux fondatrices nous avons renégocié le Bail avec les deux représentants des cinq héritiers par donation de la Société Civile et Particulière, qui ne nous ont pas posé de problèmes particuliers, même pour payer leur part de l'emprunt en cours que nous terminerons en 1980. Par contre ils étaient très attentifs au règlement de notre loyer fixé mensuellement, et refusaient toutes garanties bancaires même pour les véhicules qu'il fallait bien renouveler.

Devenu Directeur général en remplacement de Simone en 1981, en accord avec elle et Claudine copropriétaires de la Société Civile, le Conseil d'administration, j'ai proposé en 1983 l'achat de l'ensemble. Je proposais deux millions (francs de l'époque compte tenu de la subvention obtenue pour le bâtiment des chênes, les travaux de gros œuvre et de sécurité réalisés par le prix de journée pour l'ensemble des bâtiment y compris la Colonie).
Les propriétaires en voulaient le double, nous avons fini par nous mettre d'accord pour trois millions dont deux à l'achat et un payable en dix annuités dont nous avons anticipé le règlement après 6 ans. Disposition prévue par l'acte notarié. Notre contrôleur financier, devenu commissaire aux comptes en 1994, selon la loi que ne voulait pas nous inscrire au budget 1995 la tutelle que le Préfet à la demande de notre conseil d'administration a fait ratifier. Il faut dire que les instructions gouvernementales depuis une dizaine d'années devenaient de plus en plus restrictives pour limiter les déficits de la sécurité sociale. A une réunion de chefs d'établissements un Préfet a été jusqu'à nous dire de reventiler nos postes budgétaires pour payer la surcharge de l'application des trente neuf heures salariales sur les autres postes accordés.

Ce même jour il a supprimé le budget d'un nouvel établissement de santé qu'il avait inauguré quelques semaines plus tôt. Je ne sais pas comment l'affaire s'est arrangée pour cet établissement. Par contre pour nous, j'aurai année après année, à batailler avec notre inspectrice, y compris sur le nombre de journées pendant deux ans, elle voulait bien admettre certaines journées supplémentaires pour quelques enfants que nous devions suivre chaque week-end dans leur famille, dans une tentative de rapprochement en accord avec les services sociaux et des juges d'enfants. Certains en courtes vacances étaient
rapidement de retour au centre ou au placement. Où tout simplement revenu en fugue de leur famille. Heureusement sur ce point ce désaccord s'est arrangé.

Je me suis un peu étendu sur Beauvallon. Il faut bien comprendre que notre travail est un tout et que la colonie n'est qu'une part de notre mission pour nos enfants et souvent avec leur participation. Ces ainsi que pour compléter notre équipement ski et l'améliorer, nous avons participé à des travaux rémunérés, peut-être modestes, mais qui financièrement nous aidaient.
 
L'entretien des skis au début surtout avec les "carres" métalliques vissés sur les deux côtés de la semelle, il fallait souvent les changer. Ce travail délicat nous le faisions avec les plus grands.
 
Un hiver, Atie me demande de prendre au camp de ski Nicolas, jeune étudiant de dix sept ans qui ne se trouve pas bien à Paris et peu motivé pour ses  études. Je pourrais peut être l'occuper à la colonie. De fait le matin pendant les heures de classes il vient m'aider au grenier pour restaurer les skis et l'après-midi participe à mon enseignement ski. Ce séjour d'un mois lui réussit particulièrement. Le sport et les travaux manuels équilibrent l'effort intellectuel. Nous le remarquerons pour nombreux de nos jeunes.

En janvier 1966, Mamie me téléphone au Coin, nous venons d'arriver avec Idelette et nos deux jeunes enfants pour préparer l'arrivée de la première classe de neige. L'objet de son appel est que les vendeurs de la colonie nous proposent par le notaire de Guillestre de nous vendre toutes les terres agricoles qui étaient attachées à notre chalet. De fait l'organisme qui s'occupe de vendre ces prés et landes "La S.A.F.E.R." qui se réserve le droit de préhension, n'a pas trouvé des preneurs parmi les agriculteurs pour ces trois hectares dispersés en petites parcelles entre Molines, Pierre-Grosse, le Coin et après Fontgillarde jusqu'au col Agel. Mamie me demande si cela pouvait nous intéresser d'autant que le prix est, charges comprises, au total 2 300 francs. Je lui dis de ne pas hésiter, nous avions des problèmes en été car il fallait respecter les terrains d'exploitation pour les foins et je cherchais un terrain plat pour faire un terrain de foot.
 
Mamie, gestionnaire de leur nouvelle Société Civile et Particulière, envoie au Notaire de Guillestre un pouvoir à mon nom. Ce dernier, lui-même porteur des pouvoirs de nos vendeurs, me convoque en son étude pour la signature. Sitôt le document signé, il m'informe avoir un acheteur qui nous propose après Fontgillarde de nous racheter deux petites parcelles à côté de son chalet pour 1 800 francs. Je n'hésite pas et signe la vente déjà préparée avec le montant en réserve, les charges étant à la charge de l'acheteur que je connais. De plus ces deux terrains ne nous sont d'aucune utilité pour une aire de jeux.

En 1971, après avoir échoué sur l'achat personnel d'une ruine voisine de la colonie que je veux restaurer pour mon compte, je rachète à mon tour au dessus du Coin, de l'autre côté du torrent, un peu plus de trois milles mètres de terrain en plusieurs sections, dont mille mètres dans le ravin du ruisseau du Coin, à la Société de Beauvallon, pour deux mille francs. Cet achat de 1966 est bien amorti. Je vais en cinq années y construire mon petit chalet familial. Mais cela est une histoire personnelle. Je peux dire ici, après le terrain payé et un emprunt personnel de dix milles francs à l'U.C.B. pour l'achat du matériel et le démontage d'une vieille fuste de Fontgillarde que ma donnée en échange du nivellement de cette ruine, mon ami Georges qui va construire sur l'emplacement sa propre maison d'enfants permanente. Il me donne en échange de mes travaux le bois et une partie des portes.

Je vais reconstruire cette fuste à l'identique des fermes du Queyras sur des fouilles en béton que je ferai réaliser à nos maçons qui acceptent que je leur règle en deux ans ce travail. Je réalise les murs du rez-de-chaussée en agglos de 40 sur 20 cm. J'ai acheté pour ce faire une petite bétonneuse, ainsi en été, pendant mon temps libre, je prends trois enfants qui le demandent, une heure et demie par après-midi, pour préparer le ciment avec la bétonneuse et étaler le mortier sur les agglos déjà en place, sur lesquels je scelle les nouveaux éléments. Le travail est vérifié par mes jeunes aides avec le fil à plomb. Bien entendu, ils ne pourront pas m'aider pour la pose, le retaillement et la pose de la fuste. Travail trop dangereux avec des pièces de bois trop lourdes. Bien entendu, sachant que c'est un travail personnel, je dois faire aussi attention à ce que cette activité ne dépasse pas deux après midi de suite par semaine et moins de deux heures. De fait ce travail avec la bétonneuse est plutôt amusant, mais il faut être très vigilant. Un ancien élève de passage au Coin restera une semaine avec nous et me fera le chaînage de ce rez-de-chaussée, sur lequel je vais poser ma fuste.
 
Je reviens à la colonie. Après les classes de neige, je demande aux maçons de carreler la salle d'eau du premier étage et poser des faïences jusqu'au plafond qui était à l'origine en bois, mais que l'année précédente, nous avons recouvert en plaques de plâtre étanche à l'humidité. Atie est curieuse de vérifier ce travail un peu coûteux, mais bien pratique pour l'entretien et l'hygiène. J'ai posé des porte-serviettes en bois pour suspendre les linges de bain, gants de toilette et brosses à dents pour les filles et les petits.

Pour les deux douches je pose des rideaux en plastique. Les W.C. des portes en bois avec verrous de sécurité qui peuvent se fermer de l'intérieur et s'ouvrir avec un tournevis de l'extérieur quand un enfant ne sait plus ouvrir. Cela arrive.

Pour le dernier étage que je condamne par une porte au pied de l'escalier je dessine sur le plancher au sud une salle qui deviendra pièce d'activités et de lecture. Pour les livres que nous monterons de la bibliothèque de Beauvallon, je prévois des étagères fixées sur les armatures des parois faites en chevrons de 8 x 6 cm. Cette salle fera 8 m. sur 6 m. sur les côtés je prévois un emplacement pour le rangement des skis.
 
Au nord deux chambres mitoyennes de 4m.x 4 m. pour les moniteurs qui peuvent loger par deux. Je commande au dépôt de Guillestre, devenu la S.A.M.SE. où nous ouvrons un compte qui existe toujours, les quatre fenêtres préfabriquées, 3 portes en contre-plaqué, les chevrons nécessaires aux bâtis (parois et plafond.) les étagères y compris pour les souliers de ski et en réserve pour la randonnée en été. Je mettrai ces étagères entre les deux nouvelles constructions. Sur ce grenier aménagé nous rangerons notre matériel de camping.
 
Mon objectif est de construire cet ensemble avec l'ouverture des quatre fenêtres, en activités manuelles, cet été 1966 avec les garçons.

Nous réalisons effectivement, en activités manuelles, cette réalisation les deux mois d'été. Les plus grands, 12 à 14 ans et quelques fois des filles et des plus jeunes car le bois qui restera naturel sera verni de trois couches résistantes au feu. Il faut que nous fassions attention  à ce problème. Même si nous interdisions à nos moniteurs de fumer en activité et dans la maison lors de leur temps libre, nous n'étions pas à l'abri des inconditionnels de la cigarette. Et je ne parle pas des quelques enfants qui comme à Beauvallon se cachaient
pour s'essayer à cette "drogue".

 Le plus difficile sera de percer l'emplacement des fenêtres dans les ancienne parois en mélèze. Je ferai moi-même ce travail. Nous ajoutons sur le dessus des plafonds, les parois de la laine de verre, nous doublerons en frisette le côté visible des chambres et de la salle. Pour l'électricité avec l'électricien nous avions prévu pour cet étage une boite électrique. Il nous a suffit d'y brancher par des câbles électriques bien isolés les lampes et prises.
Fin août nous pouvons inaugurer nos travaux à la grande fierté des participants.
 
Cet été il m'arrive un événement qui va certainement changer ma vie et aussi l'avenir de la colonie et un peu notre école. Courant juillet, Monsieur Berge me présente un représentant de la Compagnie du Bas Rhône qui est un organisme de maîtrise d'ouvrage fondé par le Président Philippe Lamour qui est le nouveau Maire de la commune de Ceillac. De fait, Président de l'aménagement du territoire, il viendra en 1947 pour la première fois lors du projet de la "Zone Témoin du Queyras" première tentative pour essayer d'enrayer l'exode des montagnards actifs vers les villes.
Monsieur Lamour a bien remarqué l'effort d'organisation déjà avant la Guerre, à l'initiative de Pasteurs, de développer l'artisanat local, particulièrement à Arvieux, avec la coopérative des jouets en bois et sur tout le Queyras de la fabrication des meubles sculptés qui commencent à être recherchés par les connaisseurs. Pourquoi ne pas créer des formations dans ce sens pour les jeunes agriculteurs qui souhaitent rester au pays et qui en hiver, avec leurs bêtes, ont cinq à six mois à l'étable. Leurs parents avaient déjà profité de leur longue période militaire pour s'initier à des stages proposés par l'armée, entre autres, maçonnerie, menuiserie, cordonnerie  et j'en passe.

Ce projet a été gravement perturbé par les inondations de 1957 qui ont dévasté le Queyras. Cette catastrophe qui a eu des échos au-delà des frontières du Queyras et de France, a suscité un élan de solidarité et la décision de l'état de refaire la route principale du Queyras entièrement dévastée. De fait, nos premiers voyages se sont faits sur la piste provisoire. Cette situation a déterminé, malgré les aides de reconstructions pour certaines fermes trop endommagées, bien des jeunes à quitter le pays.
 
A cette époque, le Président Lamour qui avait créé sa compagnie d'économie mixte pour gérer le Canal du Bas-Rhône-Languedoc, va être chargé entre autres de la reconstruction du village de Ceillac dont les maisons ont été envahies par les boues. Bien sûr, il est prévu une digue qui sera construite pour endiguer le torrent, mais les maisons, selon les services de l'équipement, qui ont été endommagées et surtout pleines de vase et cailloux de la cave et quelques fois jusqu'au premier étage, doivent êtres abandonnées. La reconstruction se fera pour les habitations sur un espace en dehors de ces risques naturels. Cette situation va beaucoup trop durer. Courageusement les habitants de Ceillac déblayent leurs maisons, réinstallent leurs bêtes et refont leurs appartements dans le haut de leurs maisons qu'ils ont réparées.

De son côté, le Président Lamour qui a acheté dans un petit hameau un chalet d'Alpage qu'il va faire aménager pour sa famille. Chalet qui ne sera accessible que pour les vacances d'été, avant la neige. Il recevra des jeunes de la commune qui lui demandent de devenir leur Maire. Ces jeunes veulent rester au pays, mais se rendent bien compte que s'ils n'ont pas le soutien d'une personnalité, à l'image du Maire de Vars, Monsieur Bénard, ancien Ministre de la 4ème République, Conseiller Général de leur Canton de Guillestre, ils n'arriveront pas à s'en sortir, surtout qu'ils se représentent qu'il faut se tourner vers les activités touristiques d'été et pourquoi pas d'hiver.
 
Le représentant de la Compagnie du Bas Rhône m'explique que dans le périmètre de deux lotissements touristiques prévus entre Pierre-Grosse et le Coin, la colonie possède cinq terrains répartis dans cette zone dont les terres seront remembrées au profit des propriétaires agriculteurs, lesquels deviendront pour ceux qui le désirent, actionnaires d'une société d'intérêt collectif agricole à usage d'habitation. L'état subventionne cette opération et pour construire des chalets individuels et quelques immeubles collectifs pour la location, un emprunt est prévu, remboursable pour une partie par certains lots viabilisés à des particuliers.

Le projet est séduisant d'autant que cette opération peut être d'emblée classée constructible donc permettre de fixer le prix du mètre carré à cinq francs. Ce qui représente une bonne plus-value pour des terrains dont la valeur agricole est estimée de trois à cinq centimes. De plus les propriétaires concernés peuvent s'ils le désirent vendre à la Commune leurs terres au nouveau prix. Ce que font certains pour améliorer leurs maisons ou y faire des gîtes pour la location. Certains qui refusent cette opération classée d'intérêt général, sont expropriés
et touchent le prix fixé. D'autres, expatriés en Afrique ou aux Amériques, dont on ne connaît pas l'adresse, seront payés à la Caisse des Dépôts et garderont, à cette époque, la possibilité de toucher le produit de la vente majoré d'un intérêt indexé pendant trente ans.
 
Pour Beauvallon qui en principe n'entre pas dans ce projet réservé aux agriculteurs d'origine, j'obtiens exceptionnellement la possibilité de nous associer. D'une part nos terres que nous venons d'acheter font partie d'une ancienne ferme, d'autre part nous sommes une association loi 1901 en ce qui concerne la gestion de la colonie. Il est considéré que nous n'avons pas un intérêt spéculatif.
 
J'ai dû néanmoins convaincre Mamie qui voyait dans la vente des terres concernées par le périmètre un apport financier intéressant qui nous permettrait de compléter les travaux de la colonie. A l'époque l'évaluation de notre vente se serait élevé à plus de 15 mille francs. Presque le coût d'achat de la colonie et 10 fois le montant total des terrains agricoles que nous venions d'acheter. J'ai fait valoir à Mamie que nous aurions une bonne plus value à payer sur cette vente volontaire à la commune de Molines. Le plus important pour moi était que je tenais à avoir un droit de regard sur ce lotissement qui allait être construit sous la colonie. Nous avions choisi ce site pour être tranquille. Bien sûr, il était prévu  des chalets individuels, mais aussi quelques immeubles collectifs, que je ne voulais pas voir devant notre chalet.
J'ai argumenté en disant pouvoir trouver d'autres locataires en dehors de nos séjours, en particulier en hiver. Plusieurs collectivités de Marseille me sollicitaient dans ce sens. Mamie m'a donné son accord et le pouvoir de leur société pour que je signe les actes et les représente au conseil d'administration dont j'ai été nommé vice-président, renouvelé successivement jusqu'en 2000. Chaque part fixée à 25 francs, soit 5 mètres carrés, évalués par les Domaines à cinq francs le mètre carré. La Commune avec l'aide d'une subvention payera ce prix pour les terres volontairement vendues ou expropriées. Un remembrement sera réalisé pour les deux lotissements : dans le haut la S.I.C.A qui sera réalisé en premier. Je réaliserai sous mon autorité de Maire de la Commune en 1978.
 
En 1995, le C.A. m'a retiré la représentation de l'Association, estimant que c'était au Directeur d'assurer cette fonction. Je n'ai pas bien compris cette décision, d'autant que mon remplaçant n'est jamais venu aux assemblées générales ! Ceci est une autre histoire qu'il vaut mieux oublier. Néanmoins pour garder mon poste dont je n'étais que le représentant successivement de nos fondatrices, de la Société Civile et Particulière de Beauvallon puis de l'Association pour les parts que nous a données Claudine. Les autres héritiers ayant refusé de nous les céder avec la vente de l'ensemble du patrimoine. Pour poursuivre ma mission, j'ai dû acheter à un ami une part de la société au prix fort actualisé selon le tarif évalué par le commissaire aux comptes de Queyras résidences. Je ne l'ai pas acheté à Beauvallon qui ne faisait pas confiance à un de ses membres de droit.
 
Ce premier lotissement sera géré par un conseil d'administration dont pour la section de Molines je serai élu Vice-Président au côté de notre Maire, Elie Berge, Président de la section et ensuite Président des deux sociétés de Molines et Ceillac. Pour le Coin, les nombreuses démarches administratives, l'obtention des subventions et des prêts porteront le démarrage effectif des constructions entre 1970 et 1972. Précédées par le plan de métrage des parcelles, les travaux de voiries, parking, espaces verts. Viabilité eau, égouts avec un travail particulier sur l'ancienne route qui sera élargie en préservant les acquis de l'ancien village du Coin, dont nous faisons partie. Un espace agricole est volontairement maintenu entre le Vieux village qui va être progressivement rénové pour ses équipements en réseau d'eau, d'égouts et lignes électriques et téléphoniques qui plus tard seront, comme pour les deux nouveaux lotissements, enterrées.
Notre Maire en sa qualité d'ancien du pays, très respecté (déjà conseiller municipal depuis une cinquantaine d'années) obtient des propriétaires du pays l'autorisation d'élargir la route avec promesse d'un payement des emprises différé au prix fixé au mètre carré à cinq francs comme pour le lotissement S.I.C.A. Devenu Maire à mon tour en janvier 1978, je réglerai ces achats et réaliserai le deuxième lotissement communal sous celui de la S.I.C.A.
 
Avant, en 1970, je m'occupe avec les architectes de l'implantation des immeubles collectifs qui seront placés en majorité à l'arrière des lotissements excepté la petite supérette au centre, et un petit H.L.M. de huit logements. Un des chalets construit par la suite en contre bas de la colonie me donnera quelques problèmes avec mes collègues de Beauvallon qui regrettent, à juste titre, la perte en partie de notre espace visuel du panorama vu de la maison. Nous avons néanmoins maintenu notre sentier au milieu du lotissement qui nous permet de rejoindre à pied Pierre-Grosse depuis le Coin. Plus tard nous utiliserons ce
passage pour rejoindre à pieds les remontées mécaniques Je reviens à nos travaux que je vais résumer ici sur l'ensemble de la période de 1966 à 1994 (départ à ma retraite) et 1995 à 2006 année de décision de la vente de la colonie, soit 43 ans après notre implantation à Molines.
 
Ces travaux sont de deux ordres : ceux effectués par les entreprises et par nous-mêmes, soit avec nos jeunes, soit avec nos deux ouvriers qui montent une ou deux fois par an, en juin ou septembre, faire des travaux d'entretien, surtout peinture et plus complets sous la direction de Monsieur Gougne notre artisan maçon qui travaille de préférence avec Monsieur Tavan, occasionnellement avec Jean-François. Pour la petite histoire, Monsieur Gougne a été beaucoup plus partie-prenante depuis l'achat de Beauvallon par notre Association. Par convictions il n'aimait pas travailler pour le compte de particuliers privés. En cela je le rejoins volontier. C'était un de mes arguments lors de l'achat tenant compte de nos travaux de salariés que je me suis efforcé de chiffrer et déduire du prix d'achat. Je n'ai pas complètement réussi pour les parts de la S.I.C.A. habitat. Peut importe, l'essentiel à été sauvegardé.
 
Nos maçons ? Les Sibille de Saint-Véran nous ont réalisé le deuxième escalier du premier étage au deuxième. Les façades visibles sud et ouest. La première tranche des travaux plus importants de la lingerie sous le pontais et le quatrième étage dans le pignon de notre toit que nous avons du refaire en tôles "brune lauze" pour remplacer notre bardeau canadien. C'est le charpentier de Pierre-Grosse, Monsieur Brun qui a réalisé ce travaille avec les deux escaliers intérieurs des troisième et quatrième étages ainsi que les nouvelles fenêtres et portes selon un plan réalisé bénévolement par Martha, ancienne employée de Beauvallon qui avait repris ses études d'architecte.
 
Je dois préciser ici que pour réaliser ces travaux plus importants nous avons bénéficié de l'aide de notre locataire Malakoff qui nous a avancé les dix ans de loyer et d'un emprunt que j'ai obtenu auprès du C.A. de Guillestre à un taux intéressant et surtout sans garantie compte tenu de la confiance qu'il avait témoigné pour d'autres travaux communaux.
 
En ce qui concerne les travaux les plus importants que j'ai déjà cités, faits avec moi par Samy et les enfants de Beauvallon, j'ajoute le plancher du dernier étage qui supporte les deux petites chambres du nord et la plus grande au sud pour le personnel. Les à-côtés servent encore de réserve pour les équipements de camps et des matelas de rechange. Au troisième j'ai défait notre bibliothèque et les deux chambres de moniteurs pour refaire sur le plancher en mélèze une dalle  en béton allégé que seul dans le sud est à l'époque faisait l'entreprise Veyrier de Dieulefit. Pour diminuer les frais, j'ai profité de travaux à réaliser sur l'écoles de Pierre-Grosse. Ainsi la Mairie de Molines a payé sa part de transport et de
travaux. Nous les nôtres.
 
A ce sujet, Maire de Molines depuis 1978 pendant 18 ans, prolongé volontairement d'un mandat de 6 ans pour aider mon successeur, nous avons partagé certains de nos travaux en commun pour bénéficier d'avantages communs. J'en cite ici quelques-uns uns :
Reconstruction d'un pont que nous utilisions en été deux fois par jour pour nous rendre avec les enfants jouer dans le bois ou au bord de la rivière. Beauvallon a payé les deux murs de soutien. La Commune le tablier en troncs et planches de mélèze et nous a nivelé et enroché un terrain plat pour nos activités de foot. Ce pont nous a été particulièrement utile lors de notre déménagement de quatre mois de l'ensemble de l'école le temps de la première tranche de la nouvelle construction entre la grande et petite maison. Mise aux normes de la cuisine, de la chaufferie générale. L'année suivante le premier étage de cette nouvelle annexe avec les mises en conformité des sorties de secours des deux maisons principales, l'ensemble des détecteurs de fumée. Pour finir, complément de nos sanitaires aux normes. Cloisonnement des étages de la grande maison.
Pour la colonie nous avons également fait installer par notre nouveau électricien les détecteurs de fumée et comme pour Beauvallon, fait faire par le charpentier de Pierre-Grosse, Monsieur Brun, un escalier de secours couvert en bois, du troisième étage sur l'arrière de la maison. Devant j'ai dessiné un petit balcon pour enfin refaire cette avancée du toit qui relié avec le grand balcon réparé nous a permis de refaire cette avancée bien plus esthétique.
 
Au nouveau troisième étage, les maçons, charpentiers et électriciens nous ont refait la bibliothèque en dur qui deviendra aussi salle de classe, quatre chambres de deux et quatre lits pour l'une, une nouvelle salle d'eau avec un W.C. indépendant. Une petite salle pour la télévision et la sortie de secours sur l'escalier extérieur que réalisera le charpentier avec des renforts dans les deux dortoirs du second, compte tenu du poids de la nouvelle dalle.
Je précise que pour notre déplacement pendant les travaux de Beauvallon nous n'avons trouvé aucun site sur la Drôme pour nous recevoir et notre Inspectrice de la D.D.A.S.S. refusait catégoriquement notre déplacement dans un centre de vacances en bord de mer qui était susceptible de nous recevoir. Au Coin en ma qualité d'élu j'ai obtenu l'agrément de trois classes dans le Centre de vacances de Corbeil-Essonne et une dans l'hôtel voisin qui m'avait demandé un agrément pour son établissement. Je rappelle que nous étions sous la menace d'une fermeture de Beauvallon à cette époque.
 
Dans ma fonction de Maire, puis Président du District Queyras que j'ai créé avec l'aide des huit Maires du Queyras, j'ai découvert les avantages du Minitel et surtout du fax qui était très nouveaux pour nos communes. Avec notre fournisseur de Montélimar, j'en ai commandé trois : 1 pour ma Commune, 1  pour le District et 1 pour Beauvallon, avec une réduction de 15 % sur l'ensemble et bien entendu une facture personnalisée pour chaque établissement. De même, en même temps que je devais équiper notre grande salle de Beauvallon de sièges, j'ai regroupé cet achat avec le même nombre de chaises pour trois petites salles polyvalentes de Molines avec deux factures séparées au nom de chacun et une réduction globale intéressante.
Dans cet ordre d'idées, sans parler du temps que me prenait mes fonctions de Directeur Général et d'élu, à l'occasion de mes voyages à l'Etablissement Régional pour mes fonctions publiques, je profitais de visiter familles et services sociaux des enfants venant de la région Marseillaise.
 
Avec les plus grands garçons et Samy nous avons construit aussi le garage pour le 4x4, Le plafond insonorisé du dortoir des filles. Je ne compte plus les séjours avant la colonie d'été pour la peinture des chambres ou des couloirs. Le dernier travail que j'ai fait avec deux grands en pension chez Jocelyne, c'est le plancher en bois d'aggloméré anti-feu du quatrième étage.
 
Les plus beaux travaux réalisés sous la direction de Monsieur Gougne, bien entendu en plusieurs époques : le carrelage des deux salles de douches. Le carrelage de la cuisine et la salle de la première réserve. La voûte de la cave, pas facile à réaliser sur des vieilles pierres. Le carrelage du couloir et de la salle à manger. En premier lieu il à fallu retirer le glacis fait par les maçons de Saint-Véran dans les premières années de la colonie. Puis installer les câbles électriques isolés dans le mortier de support des carreaux. Cette salle est devenue magnifique, surtout depuis que nos nouveaux employés ont revêtu les bases des voûtes en bois pour insonoriser la salle. Notre nouveau menuisier de Beauvallon, Pascal, a réalisé une nouvelle porte de sortie de secours à la menuiserie de Beauvallon, que j'ai installé avec la nouvelle porte de la chaufferie en bois spécial. Les services de la sécurité après, il y a quelques années, ont fait mettre des portes métalliques, ont modifié le règlement. Partout ces portes ont été changées par des portes bois résistant au feu plus de trois heures. Avec Jean-François ils ont terminé le dernier étage et réalisé les parois boisées de la salle à manger, ce qui a nettement amélioré l'acoustique.
 
Bien sur, en ma qualité de membre de droit du C.A. et tant que Samy était responsable de la colonie, à la retraite je me suis encore investi dans certains travaux et suis content qu'une délégation de Beauvallon représentant le conseil d'administration soit monté au Coin pour faire réaliser enfin certains travaux d'améliorations en particulier pour les fenêtres d'origine vraiment vétustes et les cabines douches du deuxième étage.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Conclusion.

Voilà résumé l'historique de notre colonie. Quarante quatre années de souvenirs qui ont marqué notre école. Dans ce département voisin de la Drôme rattaché à la Provence Alpes Côte d'Azur.
 
Le soutien sans failles de nos Fondatrices qui ont toujours soutenu nos orientations.
Malgré l'éloignement de 220 kilomètres de l'Ecole, la conviction de ceux qui se sont engagés dés l'origine. Personnel ancien. Moniteurs de l'été qui revenaient parfois plusieurs saisons. Fonctionnaires de la D.D.A.S.S. qui ont approuvé notre projet. Et surtout les enfants de l'Ecole et du Placement familial qui en été et en hiver par les randonnées, le ski et les activités de vacances dans cette région du sud méditerranéen en altitude, ont bénéficié en plus petits groupes, en particulier en hiver et aux classes de printemps, d'un temps de respiration qui était très bénéfique pour leur santé et leur équilibre.

Il faut accepter certaine réorientation de notre école. En particulier avec le nouveau projet d'achat de la Clinique siège du départ de l'aventure Beauvallonaise en 1929.
 
Je n'ai jamais caché au Conseil d'administration mon opposition à la fermeture totale du Placement familial. L'abandon de l'homéopathie alors que pour certains enfants nous utilisions déjà quelques médicaments allopathiques. Prendre la décision sans l'avis du Conseil d'administration d'envoyer Jean-Charles et Samy à Malakoff pour mettre un terme à notre collaboration et ne pas, en priorité, les consulter pour la vente de la Colonie. Avec eux nous aurions pu nous réserver des périodes pour nos classes de neige et de printemps.
Avec la famille Laget que j'apprécie pour sa capacité à entreprendre, je ne suis pas si persuadé d'une collaboration dans ce sens.
 
En tout état de cause je regrette cette décision du Conseil d'administration, d'autant que le premier plan de financement laissait la possibilité avec le produit des locations de l'école en été et de la colonie en hiver, pour certaines périodes, un équilibre possible de nos finances concernant l'achat de la Clinique qui encore une fois est une bonne initiative.

Une nouvelle page se tourne à Beauvallon. Nous aurons certainement de nouvelles aventures.
 
Terminé au Coin de Molines le 28 avril 2007.
 
                                                                                                               Siméon MICHEL
 
P.S. : J'envoie mon historique à Marie-Mad qui veut en écrire la préface.